Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/526

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remplit les coffres de la municipalité et déploie souvent une sagacité extraordinaire, afin d’empêcher que les lois fiscales ne soient violées. Pour être partout à la fois, pour voir et prévoir, pour ne se laisser tromper que le moins possible, pour répondre aux exigences d’un service qui embrasse la quantité inconcevable d’individus et d’objets dont Paris fourmille, ce n’est pas trop d’un petit corps d’armée, et il suffit à peine aux nécessités de son labeur avec les 2 871 agens du service actif que mettent en mouvement les 124 fonctionnaires et employés de l’administration.


II. — Les recettes de l’octroi.

Le principe d’égalité, sur lequel s’appuient nos institutions, ne fait point faute à l’octroi ; tout le monde y est soumis. Il y a seulement une dérogation courtoise à la loi commune en faveur des membres du corps diplomatique, qui n’acquittent aucune taxe pour les boissons. C’est donc sur la population tout entière que s’exerce l’action de l’octroi, ce qui n’est point une mince affaire, car les objets imposés sont au nombre de 79. Comme la plupart de nos administrations françaises, il est divisé en deux parties distinctes, dont l’une représente la tête et l’autre représente le bras. La première, qui est plus spécialement nommée l’administration, avait son siége autrefois place de l’Hôtel-de-Ville, en face du palais où Paris tenait ses grandes assises municipales. Le bâtiment qu’elle occupait faisait pendant à celui où l’assistance publique s’est réorganisée. Le 26 mai 1871, on badigeonna les murs avec de l’huile de pétrole et l’on alluma. Mis sur le pavé et réduit à chercher un gîte aux environs du Luxembourg, l’octroi s’est installé, vaille que vaille, dans une maison qui fait l’angle de la rue de Tournon et de la rue Saint-Sulpice. Les bureaux n’ont rien de curieux ; qui a vu un bureau administratif les a vus tous. C’est de là que partent les ordres de service, et c’est là qu’arrivent les rapports envoyés par les employés supérieurs, les chefs de poste et les services ambulans ; le mouvement est perpétuel, le va-et-vient ne s’arrête pas. De même que la Banque de France peut à chaque minute dire ce qu’elle a dans ses caisses en métal, en billets, à l’escompte, en dépôt, de même l’octroi sait combien il vient d’entrer à Paris d’hectolitres de vin, de bouteilles d’eau-de-vie, de bœufs sur pied, de hottes de paille, de pâtés, d’œufs ou de pierres de taille. Il n’a pas de caisse chez lui ; il ne garde que l’argent strictement nécessaire aux besoins journaliers. Au matin, les voitures de la banque font leur tournée aux barrières et ramassent les sommes encaissées la veille. La direction centralise les paperasses, les contrôle et exa-