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rité financière. Son talisman devant le scrutin, c’est l’exposé dont il a pu accompagner son adresse aux électeurs de Greenwich. Avoir réduit la dette de 500 millions et réalisé des dégrèvemens d’impôts de 312 millions depuis cinq ans, pouvoir annoncer un excédant de revenu de 125 millions qu’on sera en mesure de consacrer à l’abolition de l’income-tax ou à la réduction d’autres charges, c’est là certes un programme fait pour émerveiller et entraîner les électeurs. M. Disraeli répond lestement que tout parti et tout ministère en feraient autant. C’est là précisément la question. À l’appui de ce qu’il promet, M. Gladstone peut montrer ce qu’il a fait. Placer la question électorale sur ce terrain, c’est évidemment s’assurer les avantages d’une popularité fondée sur des résultats sérieux. Sans doute, si politiques qu’ils soient, les électeurs anglais peuvent ne pas se laisser éblouir. Tout en goûtant les réformes économiques de M. Gladstone, ils peuvent désirer pour l’Angleterre une politique extérieure moins effacée que celle qui lui a valu depuis quelques années d’assez amers déboires. Ils peuvent trouver à redire dans certaines parties de la politique intérieure de M. Gladstone, et marchander à un ministère qui date de cinq ans le nouveau bail qu’il réclame.

C’est là ce qui va s’agiter, et les succès qu’ont obtenus depuis quelque temps les conservateurs dans les scrutins qui ont eu lieu prouvent que la situation n’est pas des plus simples, que la lutte peut être vive, que la victoire sera chaudement disputée. M. Disraeli semble marcher au combat avec confiance, et ne se fait faute de représenter la dissolution comme un expédient auquel le premier ministre aurait eu recours pour retenir un peu plus longtemps un pouvoir « auquel il n’avait plus de titres. » M. Gladstone, de son côté, vient de se présenter aux électeurs de Greenwich pour appuyer de sa parole le manifeste qu’il a déjà fait. Les autres ministres, M. Lowe, M. John Bright, M. Stansfeld, M. Forster, se jettent à leur tour dans la mêlée et publient leurs circulaires. L’action s’engage de toutes parts. Dans tous les cas, la crise électorale actuelle aura du moins le mérite d’être une des plus courtes que l’Angleterre ait eu à traverser. Il y a une semaine, on ne prévoyait pas la dissolution ; dans quelques jours, les élections seront faites, au commencement de mars le parlement nouveau se trouvera réuni. La question sera résolue : le ministère Gladstone aura été raffermi, consolidé par le scrutin qui lui aura rendu une majorité décidée, ou un ministère conservateur sera formé. De toute façon, ce sera un dénoûment, et la politique de l’Angleterre se trouvera pour le moment sans doute dégagée de toutes ces confusions, de toutes ces incertitudes où elle n’a cessé de se débattre depuis quelque temps.

Ce n’est point ainsi que les affaires s’expédient en Espagne. Là plus que partout elles se déroulent à travers les secousses violentes. Les révolutions ne se dénouent pas au-delà des Pyrénées, elles se succèdent, elles se suivent et se ressemblent. Depuis que ce pauvre M. Castelar est