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Les canons anglais et français restent mélangés dans les deux batteries. Au milieu de la nuit, la bombarde anglaise l’Ætna appareille sous ses huniers au bas ris, ses basses voiles le ris pris, et malgré la violence du vent vient s’embosser avec une précision remarquable à 800 mètres des murailles du fort. Vingt-six pièces de gros calibre, six pièces de campagne, quatre obusiers, plusieurs mortiers, une bombarde, menacent le front assailli.

Aux premières lueurs du jour, le feu s’ouvre partout à la fois. Les dispositions ont été si bien prises qu’au signal donné on n’entend qu’un seul coup. À partir de ce moment, jusqu’à neuf heures du matin, le tir est continu. Les brèches sont alors déclarées praticables, les colonnes commencent à se masser pour l’assaut ; mais en ce moment la garnison turque, composée de 600 hommes, croit avoir assez fait pour l’honneur des armes ; elle arbore le pavillon blanc et se rend à discrétion.

L’amiral de Rigny remercia dans les termes les plus chaleureux le commandant Lyons, le capitaine Lushington de l’Ætna, le lieutenant Logan du Royal-Marine, qui dirigeait le feu des mortiers, le lieutenant Luckraft, qui commandait les marins anglais débarqués. Ce sont là de vieux souvenirs et sans grande importance historique ; ils méritent cependant de ne pas être passés sous silence, car rien n’a plus contribué à dissiper de mutuels ombrages, à rapprocher d’implacables rivaux, que cette fraternité d’armes qui commence à Navarin et doit, vingt-six ans plus tard, se sceller sous les murs de Sébastopol. La prise du château de Morée fut le seul épisode militaire d’une campagne qui nous coûta néanmoins des pertes cruelles. On avait pu craindre un instant l’invasion de la peste ; l’apparition en était signalée dans les villages de Vrachori et de Calavrita. Les généraux Higonnet et Schneider prirent les premières mesures de précaution. Le général en chef en prescrivit de plus étendues encore. On parvint ainsi à éloigner de l’armée ce nouveau fléau. « Nous avons bien assez des fièvres, écrivait le général Maison ; elles m’ont déjà enterré plus de 600 soldats et une trentaine d’officiers. »

Le roi avait vu avec plaisir, — ce sont les termes d’une dépêche adressée de Paris à l’amiral de Rigny le 10 novembre 1828, — que le mouvement de nos troupes eût pu être arrêté avant qu’elles se portassent sur l’Attique. « Nous sommes en Morée, ajoutait le ministre, nous possédons les places ; le reste ne peut et ne doit se faire que d’accord avec nos alliés. Nous avons voulu exécuter fidèlement le traité du 6 juillet, et nous ne ferons rien qui puisse donner lieu au plus léger soupçon. » Cette politique était assurément loyale ; ne nous exposait-elle pas à voir la Grèce méconnaître, dans son impatience, la valeur du service que nous lui avions rendu ? « Quand on