Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/109

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persiste en général, et qu’on la retrouvera sous une autre forme dans quelque autre partie de l’univers. Il n’y a rien à conclure de là en faveur de la persistance des élémens individuels appelés forces par métonymie, mais qui n’ont aucun rapport avec ce que la mécanique appelle de ce nom. C’est ainsi qu’on peut supposer, comme l’a fait Buffon, qu’il y a toujours dans l’univers une même quantité de vie, sans qu’il en résulte le moins du monde que ce sont toujours les mêmes êtres vivans qui subsistent. De même encore la question de l’unité de force a une autre signification, suivant que l’on considère l’un ou l’autre de ces deux sens. Pour les savans par exemple, elle signifiera que les causes des phénomènes qui paraissent différentes en apparence se ramènent à une seule en réalité ; pour nos dynamistes au contraire, l’unité de force serait la négation de l’individualité des êtres et leur absorption dans un seul. On peut très bien admettre l’unité de force dans le premier sens sans l’admettre dans le second ; mais, si l’on ne s’explique pas sur ce que l’on veut dire, on voit combien d’obscurités peuvent résulter de cette confusion des mots.

On dira peut-être que, si la physique et la mécanique ne nous autorisent pas rigoureusement à confondre la substance avec la force, il n’en est pas de même de la chimie. Que veulent dire en effet les chimistes lorsqu’ils nous enseignent que, dans tous les changemens des corps, la quantité de matière est toujours la même ? Ils entendent par là que, si on pèse rigoureusement les élémens avant et après la combinaison ou la décomposition des substances, on trouve toujours le même poids. C’est donc la quantité de poids qui reste la même, et il n’y a pas d’autre mesure de la matière que le poids ; mais, de ce que les chimistes ne peuvent mesurer la matière que par le poids (et quelle autre mesure serait possible, l’étendue étant écartée ?), s’ensuit-il qu’ils confondent la matière avec le poids ? Le poids est-il autre chose qu’un rapport, et un corps, si on en admet la réalité externe, peut-il être composé de rapports ? Aussi ne voit-on pas que jusqu’ici la chimie ait pu échapper à l’hypothèse des atomes. Or, que la métaphysique, en subtilisant l’atome, le transforme en monade, j’y consens et même, j’y adhère ; mais qu’on ne croie pas pour cela avoir changé de catégorie. La monade est une substance aussi bien que l’atome ; elle n’est pas une force pure.

Le dynamisme absolu, en supposant qu’il ait réellement existé dans l’histoire de la philosophie, serait plutôt la doctrine de Kant que celle de Leibniz. Leibniz en effet compose les corps avec des substances tout aussi bien que les épicuriens. il conserve la notion de substance comme les cartésiens. Il ne l’a jamais niée, écartée, dissimulée. Sa réforme a été de considérer la substance comme essentiellement active, et à ce titre de l’appeler force, et non de la