Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/130

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encore. Le 26, Ducrot et Douay sont comme la veille obligés de se borner à une étape de quelques kilomètres, ou même de s’arrêter pour laisser à l’aile gauche, partie le matin de Rethel, le temps de rentrer en ligne par le Chêne et Tourtéron, où le 12e corps arrive le soir avec le quartier impérial. Le 1er corps va camper sur le plateau de Yoncq, à 8 kilomètres d’Attigny ; le 7e corps, quant à lui, tourne autour de Vouziers, passant d’une rive de l’Aisne sur l’autre rive, piétinant sur place, dans la boue, sous des pluies torrentielles. Hésitations du commandement, oscillations des marches, désordres dans le service des vivres, encombremens des équipages, tout commence à réagir sur le moral de cette armée prompte à s’énerver et à se décourager. Par une combinaison étrange de plus, par un ordre que rien n’explique, la cavalerie de Margueritte, qui pendant les premiers jours a éclairé l’aile droite, est ramenée, à dater du 25, de même que la cavalerie Bonnemains, au centre et à la gauche, où elle n’a rien à faire, tandis, que notre flanc le plus menacé n’est gardé que par la cavalerie peu nombreuse de Douay. C’est dans cette situation que se révèle tout à coup la présence des Prussiens, contre lesquels va se heurter une partie de la division Dumont, du 7e corps, la brigade Bordas, que le général Douay a envoyée pour garder le défilé de Grand-Pré, et qui se croit déjà en face de « forces supérieures. » Douay, bientôt informé de ce qui se passe à Grand-Pré, n’a plus qu’un souci : charger le général Dumont d’aller dégager sa brigade, qu’il croit en péril, se mettre lui-même sous les armes en avant de Vouziers pour attendre l’ennemi, et prévenir le commandant en chef, dont le quartier-général est malheureusement assez éloigné. Voilà où en sont les choses le soir du 26 après quatre jours de marche : on a gagné 50 kilomètres depuis le départ de Reims, et l’armée, occupée d’un côté à reprendre son équilibre, rompu par le détour sur Rethel, sent d’un autre côté l’ennemi sur elle. L’alerte a été sans doute un peu prompte et un peu vive : ce n’est point encore le gros de l’armée prussienne ; tout se borne pour le moment à des escarmouches d’avant-garde. L’échauffourée de Grand-Pré prouve du moins que l’ennemi est sur nos traces, qu’il accourt, et cette nouvelle, arrivant d’heure en heure de toutes parts, vient raviver les anxiétés du maréchal de Mac-Mahon en lui révélant l’imminence et la gravité de la crise qui s’approche.

L’armée allemande effectivement n’était plus bien loin, et ce qu’on commençait à distinguer ne devait être que le prélude des opérations. par lesquelles l’ennemi se disposait à déjouer les entreprises de l’armée de Châlons. Au premier moment, il est vrai, les chefs de l’état-major prussien n’avaient d’autre pensée que de poursuivre le grand mouvement d’invasion qu’ils dirigeaient, sur Châlons et sur Paris. Tandis que le prince de Saxe, après une tentative inutile