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genres différens de mélodies, dont chacun correspondait à une saison de l’année, au jour, à la nuit, aux heures, à l’état de l’atmosphère, à toutes les situations délicates de la vie !

Il y a des théâtres dans les principales villes, mais en général on y chante ce qui doit être parlé, et vice versa. Les pièces sont grivoises. Dans la province voisine du Laos, les marionnettes sont fort goûtées, et c’est de là que partent tous les nomades comédiens qui parcourent joyeusement l’Indo-Chine, Les danses diffèrent complètement de celles d’Europe ; le meilleur danseur est celui qui, le corps raide, les jambes immobiles, remue les bras avec une grande vivacité dans toutes les directions. Le sublime du genre est de conserver sur la tête, sans en rien répandre, un vase plein d’huile garnie d’une mèche enflammée. Ajoutons qu’on danse au Tonkin non pas pour son plaisir, mais en vue de celui des autres, et qu’un danseur ne paraît jamais que sur les planches d’un théâtre.

Avec un gouvernement despotique comme celui de Tu-Duc, le commerce intérieur et extérieur est de bien peu d’importance. Très longtemps le riz, qui est la principale production du pays, est resté un produit prohibé à l’exportation ; autorisé à la sortie pendant quelques années, l’empereur Tu-Duc vient encore, depuis la famine qui sévit aux Indes anglaises, d’en interdire l’exportation. Les jonques chinoises allant, — lorsque les pirates le permettent, — à Trali, à Haï-dzung, à Kécho, et qui sont parties de Canton, d’Hainam ou d’autres ports du Céleste-Empire, apportent au Tonkin du thé commun, du sucre candi, un peu de farine, des drogues pharmaceutiques, des étoffes de soie ornées de dessins ou de fleurs, de la porcelaine, de la grosse batterie de cuisine et un peu de quincaillerie. Le commerce français pourrait dès aujourd’hui y envoyer des armes blanches et des armes à feu, de la poudre, du drap rouge, des miroirs, de la bimbeloterie ; point d’objets d’art, mais des vases en porcelaine garnis de fleurs artificielles, des horloges de Franche-Comté et des montres en argent à très bon marché, du corail en chapelet, — le plus rouge sera le plus estimé, — des tabatières à musique, des tambours d’ancien modèle, des grosses caisses, de la parfumerie commune, enfin des caisses en fer d’un petit volume servant à renfermer des bijoux, de l’or ou de l’argent. Il est plus difficile d’indiquer les objets qui pourraient dès à présent donner un chargement de retour, surtout si l’exploitation du riz continue à être prohibée ; mais Tu-Duc, obligé d’entrer en composition avec nous, sera bientôt contraint d’adopter des idées plus larges en matière commerciale, et alors, indépendamment du riz qu’on pourra charger pour le nord de la Chine, Pulo-Penang, Singapour, Batavia, les Philippines ou Calcutta, on trouvera dans les ports du Tonkin des peaux et des cornes d’animaux, de l’huile de coco, de la cire, du