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question des anciens édifices qu’on voit à Touzeur, édifices qui remontent à une haute antiquité ; mais on prétend qu’ils furent construits à l’époque du déluge, du temps de Noé. » La relation de cet Arabe est fort curieuse. Il revient de La Mecque, il est l’objet de la vénération de tous. Il s’intéresse aux lieux qu’il parcourt, il interroge les habitans, qui s’empressent de lui raconter toutes les légendes du pays ; pour eux, la ville de Touzeur remonte au déluge. Il faut évidemment voir dans cette légende le souvenir de l’époque pendant laquelle les eaux des lacs s’élevaient au niveau de celles de la mer et recouvraient des terres aujourd’hui à sec. Il est fort probable que Touzeur est à la fois la ville dont parle Scylax et la Chersonèse de Diodore de Sicile. Les ruines de Tisurus devaient être très instructives ; malheureusement M. Guérin [1] raconte que les débris de la ville antique ont été en partie employés comme matériaux de construction dans les divers villages qui constituent le chef-lieu actuel du Djerid.

Les auteurs que nous avons invoqués dans cette discussion historique sont assez nombreux et leurs descriptions assez précises pour qu’il paraisse démontré que le bassin des chotts a été autrefois occupé par la mer. Résumons en quelques mots le résultat de nos recherches. A l’époque d’Hérodote, les lacs sont en communication avec la mer par une large ouverture. La Petite-Syrte et le lac Triton sont connus sous le nom collectif de grande baie de Triton. Dans cette baie est une île appelée Phla, qui n’est autre que le Nifzaoua. A l’époque de Scylax, la Petite-Syrte et le lac Triton sont encore désignés sous le même nom collectif ; mais, la communication qui les relie étant devenue étroite, le golfe et le lac sont déjà distingués aussi par les noms particuliers de Petite-Syrte et de lac Triton. L’île de Phla existe toujours dans le lac sous le nom d’île Triton. A l’époque de Pomponius Melas, la communication entre le lac et la Syrte n’existe plus. Le lac Triton est au-delà de la Syrte dans l’intérieur des terres. Les eaux de ce lac, qui ne reçoit pas de ses affluens un tribut assez considérable, ont baissé par suite de l’évaporation. Le Nifzaoua n’est plus qu’une presqu’île. Le nom de lac Pallas apparaît à côté de celui de lac Triton. On n’est pas encore bien éloigné de l’époque de Scylax, et les voyageurs trouvent sur le rivage laissé à découvert des traces de la présence récente de la mer. Puis on arrive à Ptolémée : les eaux ont continué à baisser ; elles se sont définitivement fixées dans les dépressions les plus profondes de l’ancien lit. Le bassin primitif s’est subdivisé. On voit apparaître le lac des Tortues et le lac de Libye à côté des lacs Pallas et Triton. Le souvenir de l’ancienne communication a été conservé

  1. Voyage archéologique en Tunisie, t. 1er, p. 262.