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par la tradition, et Ptolémée place l’embouchure du « fleuve Triton » au point où aboutissait cette ancienne communication. Les siècles se succèdent, la tradition s’altère. A l’époque d’Édrisi, c’est le cours d’eau le plus connu de la Petite-Syrte, celui qui arrose Gabès, qui passe pour avoir communiqué autrefois ou même pour communiquer encore souterrainement avec le lac. Le souvenir de l’ancienne baie de Triton s’est transmis vaguement jusqu’à nous. C’est ainsi que la légende fait remonter la fondation de Touzeur au déluge, rappelant l’époque où cette ville antique s’élevait dans une presqu’île, et où les eaux de la mer venaient baigner le pied de ses murailles.


II. — RECHERCHE DE L’ANCIENNE COMMUNICATION. — CAUSES DE LA FORMATION DE L’ISTHME.

On a vu que le détroit qui reliait autrefois le lac Triton à la Petite-Syrte devait probablement aboutir à l’embouchure de l’Oued-Akareit. C’est l’opinion de Rennell, qui a discuté avec soin cette question [1]. « La partie la plus voisine du lac, dit-il, est celle où tombe aujourd’hui la rivière d’Akroude (Oued-Akareit). Cette rivière est périodique, et elle était à sec lorsque Shaw la visitait ; c’est là qu’il faut rechercher l’ancienne communication, s’il y en a eu, et nous ne doutons guère que cette communication n’ait effectivement existé. » D’après M. Henri Duveyrier [2], qui a exploré cette région, un banc de sables de 18 kilomètres sépare aujourd’hui le chott El-Djerid de la mer, et c’est à peine si l’on reconnaît les traces de l’ancienne communication dans la ligne des bas-fonds de l’Oued-Akareit. En étudiant la carte de la régence de Tunis de M. le capitaine d’état-major Pricot de Sainte-Marie ou bien encore celle que M. Guérin a publiée à la suite de son voyage archéologique en Tunisie, où les mouvemens de terrain sont indiqués avec tous les détails que comportent des levés expédiés, on est frappé de la dépression continue qui relie l’embouchure de l’Oued-Akareit à la pointe orientale du chott El-Djerid ; c’est évidemment là qu’existait l’ancienne communication, et c’est par là seulement qu’on peut songer à la rétablir. Cette conclusion est confirmée par les observations de M. Guérin, qui fait remarquer que, par l’escarpement de ses bords, l’Oued-Akareit forme une ligne de démarcation assez tranchée entre les plaines plus ou moins ondulées qu’il sépare.

Comment la communication entre les chotts et le golfe s’est-elle comblée ? Comment s’est formé l’isthme qui les sépare ? Plusieurs auteurs ont cherché a expliquer la naissance de l’isthme de Gabès

  1. The geographical System of Herodotus, p. 661.
  2. Touareg du nord, p. 43.