Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/425

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qu’on acquiert plus de force pour leur résister dans ce qu’elles ont d’injuste……..

« C’est surtout à l’époque où des institutions naissantes à peine ont besoin de cette faveur d’opinion à laquelle ne supplée pas encore l’autorité de leur durée, c’est alors qu’on doit sentir que, quelque excellente que soit une institution, le pouvoir ne saurait l’imposer au pays de vive force et contre son gré.

« Un gouvernement ne marche pas à travers le pays comme une abstraction aveugle qui ne considère rien sur son passage. Ainsi procède l’absolutisme des révolutions sans justice et des despotes sans lumières. Un gouvernement sage observe les faits qu’il rencontre, il les consulte, il les constate, et au lieu d’immoler les réalités aux principes, ou les principes aux réalités, il s’efforce de les modifier ou de les confondre en les rapprochant…………

« Ce qui perdrait aujourd’hui la France, ce serait cette incrédulité qu’on chercherait à lui inspirer par de sinistres pensées d’avenir qui jetteraient le découragement dans les esprits, la défiance dans les intérêts, la lâcheté dans les cœurs

« Non, messieurs, vous démentirez ces présages, car c’est à vous, en grande partie, qu’il est donné aujourd’hui d’en faire justice en complétant l’organisation des pouvoirs constitutionnels. C’est à vous de consommer cette œuvre salutaire et décisive, et de communiquer par votre exemple à tous les citoyens ce courage civil, plus nécessaire peut-être pour terminer les révolutions intérieures des états que le courage militaire pour assurer l’indépendance de la patrie…………

« Messieurs, le vote qui va sortir de vos consciences est un grand événement, car il renferme le secret de tous les événemens qui vont suivre. C’est l’achèvement de nos destinées constitutionnelles ou le commencement d’une situation indéfinissable, et quand je m’exprime ainsi, loin de vous, loin de moi la pensée d’une menace ! j’expose une situation, et pour des esprits aussi éclairés que les vôtres, pour des consciences si patriotiques, c’est résoudre une question que de la poser ainsi [1]. »


Dans le cours de la discussion, le président du conseil avait eu à subir de la part de plusieurs pairs les reproches les plus amers pour avoir abandonné, disaient-ils, ses convictions. Se relevant alors de toute la hauteur de sa conscience et de son patriotisme : « Abandonner nos convictions, s’écrie-t-il, messieurs, c’est le pays que nous n’avons pas voulu abandonner ; c’est à l’intérêt du pays que nous avons subordonné nos opinions personnelles, parce que c’est le pays qui seul est toujours en droit d’imposer silence à toutes les

  1. Séances des 27 août, 22 octobre et 26 décembre 1831.