Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/444

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capitaine lui-même s’est servi de la chasse comme d’un moyen pour se rapprocher d’elle ; il lui donne au clair de la lune de mystérieuses sérénades, le matin il lui fait passer dans des pelotons de laine à tapisserie quelqu’un de ces billets qu’une amazone elle-même cache dans son sein et couvre de baisers furtifs ; par une froide nuit du commencement de l’hiver, il se hasarde dans le parc en traversant les fossés sur la glace, et Kate se laisse attendrir jusqu’à prolonger avec lui par la fenêtre une tendre conversation subitement interrompue par l’arrivée de lady Horsingham, que la réverbération de la lumière de sa chambre a inquiétée. Tandis qu’elle s’efforce de trouver des explications, Kate entend craquer la glace, et le bruit d’un plongeon l’épouvante ; mais ici se place un trait tout à fait caractéristique. Inquiète, éperdue comme elle l’est au fond de l’âme, la jeune fille ne donne pas l’alarme ; sa réputation est en jeu, elle sait se contenir et dévorer ses craintes, Cependant elle aime cet homme qu’elle se défend de secourir ; sa première pensée, le lendemain matin, sera d’interroger la trace des pas sur la neige : ils partent du fossé dans la direction de la ville, le capitaine est donc sain et sauf ; elle respire, Bientôt, sous la protection d’un déguisement, a lieu une nouvelle rencontre beaucoup plus romanesque que la première, et dans laquelle des sermons d’amour sont échangés avec une certaine réserve cependant de la part de Kate, qui en veut au capitaine de ne pas être plus explicite. Aussi ne repousse-t-elle pas son cousin John lorsqu’il vient à son tour se déclarer. Ce brave garçon avait promis à tante Déborah d’attendre que Kate eût vingt-cinq ans, afin de lui laisser le temps de juger le monde et de choisir en toute connaissance de cause ; mais les manèges de Frank ne lui ont pas complètement échappé, il n’y tient plus, et, dans un langage qui révèle toute la droiture de son caractère, supplie Kate de mettre un terme aux cruelles incertitudes qui le dévorent. Peut-être la chasse au mari, que nos voisins permettent à leurs filles comme tous les autres genres de sport, n’a-t-elle pas pour effet une parfaite franchise, car nous voyons miss Coventry faire preuve pour la seconde fois de présence d’esprit singulière en demandant à réfléchir. Il est vrai qu’elle subit l’influence d’une amie intime assez dangereuse, Mme Lumley, qui applique aux amoureux en général des principes de dressage sévères, — Traitez un homme, dit-elle à Kate, comme vous traitez Brillant : la main légère, tout juste assez de liberté pour qu’il se croie à son aise, et puis, dès la première faute, faites-lui sentir le mors. Il se cabrera peut-être, mais vous le mènerez facilement ensuite, — Elle ne réfléchit pas que John est lui-même un sportsman trop consommé pour se laisser dépister par des feintes féminines, Sans bruit, avec une générosité, un calme viril, qui touchent Kate plus que ne le feraient