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spirituel et léger d’un habile imitateur, Parmigianino, qui a souvent fait passer ses copies sous le couvert, aujourd’hui moins facilement accepté, du grand nom de Raphaël.

Les portraitistes français du XVIe siècle sont nombreux dans la collection Dutuit ; leurs dessins doivent être étudiés peut-être autant comme des œuvres d’art que comme des pages historiques. Une inexpérience charmante jointe à l’emploi des mêmes procédés, tels que le mélange du pastel et du crayon noir, fait confondre les productions de ces disciples de Clouet avec celles de leur chef. De plus les uns après les autres, ces artistes fournissent des renseignemens précieux sur la physionomie de leurs modèles, presque tous acteurs en évidence dans les événemens du temps. Comme leurs confrères les sculpteurs, nos naïfs dessinateurs savent rester indépendans et originaux par la simplicité et la sincérité en face de l’influence italienne dominante à la cour des Valois. Ce sont là des vertus qui ont leur prix ; elles assurent à ces prédécesseurs de Largillière et de Bigaud le titre de fondateurs de l’école française.

Il est regrettable que Ingres n’ait pas eu à soutenir l’épreuve d’un concours public avec celui qu’on l’accuse d’avoir trop souvent copié. On verrait sur quel fondement peu solide repose cette banale critique. La sincérité de la recherche, la passion de la vérité, éclateraient à tous les yeux sous ces traits multipliés, sous ces tâtonnemens fiévreux qui se pressent autour du trait définitif. Et ceux qui ont le droit d’exprimer une opinion en aussi spéciale analyse, ceux qui portent en eux un esprit qu’aucune prévention ne gêne, avoueraient promptement que le maître français est aussi libre d’influence lorsqu’il regarde le nu que quand il veut surprendre le jeu mobile d’une draperie. On parvient rarement à égaler ceux qu’on copie ; or peut-on hésiter à placer à côté des plus belles esquisses de Raphaël ce Jeune homme, une des figures de l’âge d’or, qui tourne vers le spectateur son dos et ses jambes aux muscles souples et puissans ? Est-il plus extraordinaire de voir deux artistes se rencontrer dans l’étude loyale de la nature qu’il n’est honteux pour deux écrivains d’entendre le lecteur signaler dans leurs livres des pensées communes, quelquefois traduites avec la même forme de langage et le même mouvement de style ? A trois cents ans de distance, Ingres ressemble à Raphaël. Cela prouve seulement qu’ils ont une parenté de tempérament et le goût du même idéal. D’ailleurs, si le plagiat est chose si facile et si les bénéfices en sont si peu honteux, comment d’autres que le peintre français n’ont-ils jamais pu mériter ce même glorieux reproche ?

Decamps, nous l’avons dit, était un classique à convictions mobiles et un romantique sans tranquillité de conscience. La Vie de