Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/578

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


les plus petites n’ayant presque jamais moins de 2,000 à 3,000 hectares. Un Anglais possédait, dans les républiques de l’Orange et du Transvaal, plus de 1 million d’hectares ; mais il ne faut pas oublier que ces immensités sont incultes et arides, et que les fermiers, pour la plupart, y vivent misérablement au milieu de leurs troupeaux de moutons, dans des semblans de maisons où toute la famille couche dans une même chambre et sur des matelas communs. Il y a cependant, surtout parmi les Anglais, des fermiers riches qui mènent une vie plus aisée, et jouissent d’un luxe relatif, dû au commerce des laines, qui est leur principal revenu.

Dans ce pays où le bois et la pierre font également défaut, les fermiers, presque tous d’origine hollandaise, bâtissent en brique avec une simplicité vraiment incroyable ; ils moulent l’argile ordinaire après l’avoir délayée, et la laissent sécher au soleil. Au bout de vingt-quatre ou quarante-huit heures, les briques sont prêtes à être employées, et sont cimentées les unes aux autres au moyen de cette même terre détrempée. Comme on le voit, ces maisons ne sont faites que de terre et d’eau, et, chose étrange, elles résistent parfaitement. Néanmoins les pluies torrentielles délaient une partie de cette matière si légèrement agrégée et obligent à de fréquentes réparations, peu coûteuses il est vrai, car, lorsqu’il s’agit de remettre la maison en état, on se contente de faire un immense tas de boue dans lequel tous les membres de la famille, les manches retroussées, puisent à pleines mains, et les jeunes filles comme les enfans, armés de leurs projectiles de pâte, bombardent la maison avec un entrain qui ne tarde pas à en boucher tous les trous jusqu’à la prochaine pluie d’orage. Les fermiers riches ont naturellement recours à des moyens plus civilisés, et leurs habitations comme leurs mœurs sont toutes différentes ; mais une nécessité devant laquelle tout le monde est égal est celle du combustible, qui est invariablement fourni par les troupeaux. Le fumier est retiré des parcs sous forme de grandes briques et empilé pour faire à ces mêmes parcs des murs dont on enlève un morceau de temps en temps pour le porter à la cuisine ; le feu ainsi obtenu est très chaud, se conserve longtemps, mais n’améliore pas du tout les mets.

L’immensité des distances à parcourir et la difficulté des chemins, rendus impraticables quelquefois pendant plusieurs semaines, forcent les entrepreneurs de charrois à des stations fort longues, et pendant ces interruptions il leur faut laisser paître les dix ou quatorze paires de bœufs qui forment chaque attelage. Pour venir en aide aux voyageurs, le gouvernement accorde, de distance en distance, des concessions de terrains gratuites à des fermiers qui n’ont pas le droit d’y conserver de troupeaux pour leur compte, mais qui sont obligés de tenir une espèce d’auberge où les voyageurs