Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/587

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jardinier pour établir sa possession et en même temps ses bornes. C’est là son seul titre de propriété, et il a quelquefois à le défendre à bons coups de poing. En effet, les derniers venus, n’ayant plus de place ou se voyant relégués trop loin de l’endroit où ont été trouvés les diamans, cherchent à s’emparer d’un claim quelconque par la ruse ou par la force ; ils attendent le moment où le propriétaire, en allant déjeuner, emporte ses outils et laisse le terrain vide, pour venir s’installer à sa place et soutenir après avec impudence que ce sont eux qui ont posé les bornes ; il s’ensuit un procès qui se décide sur les lieux à la boxe, et le terrain reste au plus fort. Aussitôt qu’il est bien établi que les diamans existent réellement dans l’endroit et que la mine est appelée à vivre, les mineurs se réunissent et nomment un comité chargé de rendre la justice et de prononcer sans appel sur toutes les questions en litige, — celles du moins qui concernent la propriété et le travail, car personne ne se préoccupe des délits de la vie publique ou privée. Le premier soin de ce comité est de faire un règlement pour déterminer quand un claim peut être considéré comme abandonné. Il arrive en effet que des mineurs, ne trouvant rien au début, se dégoûtent et vont ailleurs sans en donner avis, puis reviennent plusieurs mois après lorsqu’ils ont appris que la richesse du placer est constatée. Il est donc nécessaire de se tenir en garde contre leurs réclamations, comme aussi d’empêcher les spéculateurs de s’emparer des terrains et de les garder sans les mettre en exploitation. Pour ces raisons, il est convenu que tout claim qui n’est pas travaillé d’une façon quelconque pendant trois jours entiers est supposé abandonné, et peut être pris par le premier qui vient. Ce délai de trois jours, adopté d’abord, a été plus tard fort augmenté pour faire la part de la maladie ou de toute autre cause indépendante de la volonté du mineur.

La propriété, une fois établie de cette manière sommaire, n’est plus à la merci de la force brutale, et celui qui désire se procurer un terrain doit l’acheter du détenteur, auquel il donne une somme plus ou moins forte, selon la réputation du claim. Au New-Rush, les propriétaires primitifs ont dès le début morcelé leurs claims par quarts, par cinquièmes, etc., et ces morceaux se payaient toujours fort cher, quoique chaque jour en vît diminuer la terre et par conséquent la richesse. Un de mes voisins, possédant un demi-claim (31 pieds sur 15) déjà travaillé à plus de 15 mètres de profondeur, était, lors de mon départ, en marché pour le vendre 100,000 francs. C’est pourquoi il se fait maintenant si peu de fortunes aux mines. Les débours considérables, le prix de la main-d’œuvre toujours croissant en proportion de la profondeur, la nécessité de transporter à de grandes distances les sables, qu’on ne peut plus trier sur place vu l’encombrement produit par les anciens travaux, tout cela cause