Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/589

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de 1 mètre environ, de manière à former avec des planches et un rebord une sorte de plate-forme ou de caisson pour recevoir la terre qu’on y fait monter, en attendant les brouettes ou les charrettes qui l’emportent à l’endroit où se fait le triage. Chacun travaillant à sa façon et selon ses moyens, on comprend que les claims ne gardent pas le même niveau et que les uns soient arrivés à de grandes profondeurs quand d’autres souvent sont encore peu avancés. Il devient alors facile de reconnaître les différentes propriétés sans qu’il soit nécessaire de laisser entre elles aucun mur de séparation. En général, on cherche à descendre le plus vite possible, d’abord pour en finir plus tôt, puis parce que la loi de l’endroit est que toute terre qui tombe dans un claim appartient au propriétaire chez qui elle tombe, de sorte qu’on a toujours intérêt à se maintenir au-dessous de ses voisins pour recevoir tout ce qui peut s’échapper de chez eux, — non par poignées, comme on pourrait le croire, mais par charretées quelquefois, et même par centaines de tonnes dans les cas d’éboulemens. Ces éboulemens, très rares à l’origine, finissent par devenir assez fréquens lorsque les terrains ont été travaillés à de grandes profondeurs, laissant les rues debout comme d’immenses murs non étayés et ébranlés sans cesse par le passage des charrettes ; en outre les mineurs, avec une imprévoyance coupable, se laissent aller à entamer les terres au-dessous des rues, de manière que celles-ci ne représentent plus que des pyramides renversées dont le haut conserve toujours la largeur primitive, tandis qu’en bas elles n’ont guère plus de 1 mètre ou 2. Il arrive alors un moment où cette masse, de plusieurs centaines de mètres de long, s’ébranle et s’abat avec un fracas épouvantable, entraînant les plates-formes et les échafaudages, brisant tout et remplissant les claims de débris de toute sorte. Par un bonheur providentiel, ces éboulemens n’arrivent d’ordinaire que la nuit, aux heures où le changement subit de la température produit une contraction brusque des tenues. Les mineurs, en venant le matin au travail, voient toute leur installation réduite à néant, et sont obligés, avec grande perte de temps et d’argent, d’adopter un nouveau mode d’extraction, puisque les rues n’existent plus. Ils y trouvent quelquefois une compensation lorsque leurs claims, étant très profonds, ont reçu les terres, c’est-à-dire les diamans des voisins ; mais cet avantage est souvent annulé lorsque, parmi les terres diamantifères, se trouvent beaucoup des schistes formant le pourtour du bassin ; le travail est alors des plus pénibles, et, pour quelques charretées de bonne terre que l’on recueille ainsi, on est forcé de déblayer, transporter et trier des tonnes de pierres. Ce sont en général des pertes considérables, qui jettent tout le monde dans la consternation et ruinent ceux qui n’ont pas les moyens de refaire de