Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/593

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plus grands soins à le vider, et les maîtres y gagnent sous le rapport de la propreté. Dans un restaurant où je prenais mes repas, on découvrit deux dimanches de suite un diamant dans le jabot ou le gésier des poulets, et les journaux de l’endroit ont parlé d’un cheval qui, en piétinant pour se soustraire à un médicament qu’on voulait lui faire avaler, mit à nu un diamant de 7 carats, à la grande satisfaction de son propriétaire. Ces faits, écrits par les mineurs à leurs amis d’outre-mer, racontés et amplifiés par ces derniers, sont passés à l’état de légende, et ont entouré les mines d’une auréole féerique qui séduit les esprits aventureux et leur cause bien des déboires à leur arrivée.

Un des côtés les plus caractéristiques des mines est la manière sommaire dont la justice y est administrée : aussitôt qu’un homme de service est pris volant un diamant, il est tout d’abord rossé consciencieusement par son maître et conduit au bureau du magistrat par une escorte de mineurs. Chemin faisant, ils lui appliquent par anticipation une correction de coups de poing et de coups de pied pour le cas où, son fait n’étant pas assez prouvé, il serait relaxé, ce qui est rare, attendu que le magistrat, qui a vécu de longues années parmi ces peuples, connaît leur perversité et ne se laisse pas prendre à leurs mensonges. L’homme est, pour ce vol, condamné aux travaux forcés, outre la peine du fouet, qui lui est appliquée séance tenante. Cependant, malgré la sévérité bien connue du juge, il arrive souvent que les mineurs se laissent aller à se faire justice eux-mêmes, comme au temps où le gouvernement ne se mêlait pas encore de ces questions, et dans ce cas les châtimens sont d’une rigueur vraiment exemplaire, comme cela eut lieu pour un Cafre qui fut frappé jusqu’à mort par ses maîtres. Les possesseurs de claims se montrent également inflexibles pour les cantiniers qui achètent des diamans aux Cafres, c’est-à-dire qui recèlent leurs vols. Dès que le fait est prouvé, les mineurs se réunissent le soir en meeting et vont incendier la cantine avec tout ce qu’elle contient, et le coupable se trouve ainsi réduit à la misère. Malheureusement ces exemples terribles ne produisent pas toujours l’effet qu’on en devrait attendre : la tentation d’avoir un diamant pour un verre d’eau-de-vie, jointe à l’espérance de l’impunité, séduit encore bien des malfaiteurs, qui se laissent aller à commettre ces actes répréhensibles jusqu’au jour où la passion des mineurs les pousse à ces tristes excès de sauvagerie, que la police locale fait de louables efforts pour arrêter ; mais que peuvent une centaine d’hommes, quoique bien montés et armés jusqu’aux dents, contre une foule exaspérée ? Je pourrais citer encore bien des actes de sévérité barbare, je n’en rappellerai qu’un seul. Un faux docteur fut convaincu d’avoir empoisonné une petite fille avec des médicamens administrés au