Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/594

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hasard. Dans le premier moment d’exaspération causée par cette nouvelle, on décida non-seulement de brûler sa tente, mais de le brûler lui-même après l’avoir enduit de goudron et de plumes. Heureusement il parvint à se soustraire au supplice dont il était menacé.

Pour s’assurer que tous les diamans trouvés en possession des Cafres sont bien le produit d’un vol, on ne leur permet pas d’avoir de claims et de travailler la terre pour leur compte. S’il en était autrement, si un seul Cafre pouvait posséder légalement un diamant, il deviendrait le receleur général, et, sous prétexte de vendre ce qui lui appartient, écoulerait le produit de tous les vols. Ces gens trouvent assez d’occasions de tromper la surveillance pour qu’il soit inutile, dangereux même, de leur faciliter les moyens de mal faire. Du reste, ils avaient eu pendant un temps le droit de posséder des claims dans une ancienne mine abandonnée et improductive, et, quoique ces terres ne pussent guère rapporter de diamans, ils en avaient toujours à vendre, ce qui a fini par ouvrir les yeux et faire prendre les mesures sévères dont il est question.

Il ne sera pas sans intérêt de donner quelques détails sur la vie matérielle des mineurs. Tous ceux qui occupent une position moyenne prennent leurs repas à des tables d’hôte, où ils trouvent de grosses pièces de viande de boucherie rôtie ou bouillie, quelques légumes communs et un dessert assez simple. Ils peuvent ainsi satisfaire les plus robustes appétits à des prix rendus raisonnables par la concurrence des établissemens de ce genre, — environ 2 fr. 50 par repas, sans le vin. Chacun arrive dans son costume de travail, les manches retroussées, couvert de terre, la pipe à la bouche. La propreté et le confort laissent beaucoup à désirer à ces tables dépourvues de nappes et de serviettes, où les couteaux ne coupent guère plus de la lame que du manche, où les fourchettes de fer à deux dents ne servent que trop souvent à une foule d’usages en contradiction flagrante avec leur destination. Des hôtels tenus avec un certain luxe relatif, et qui ont des couverts en métal blanc et une table presque recherchée, offrent, pour 3 fr. 75, toujours sans le vin, des repas convenables, et sont fréquentés spécialement par les marchands de diamans, les voyageurs, les nouveaux arrivés. Cependant ces deux catégories de tables d’hôte ne peuvent suffire ni convenir à toutes les bourses et à tous les goûts ; le mineur pauvre ou économe fait sa cuisine lui-même et se contente d’un ordinaire plus que modeste ; il passe chez le boulanger et le boucher en quittant l’ouvrage, et porte sans honte ce qu’il vient d’acheter. L’existence la plus agréable et la mieux entendue sous tous les rapports est celle du mineur riche qui se joint à quelques amis. Les tentes sont alors groupées de manière à former un camp ; on l’entoure et l’on est chez soi avec des