Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/65

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celle du catharisme. Quel rapport y a-t-il entre les troubadours, la conservation relative de l’ancienne civilisation, les franchises communales et cette métaphysique dualiste qui fournissait au catharisme ce qu’on peut appeler son dogme nourricier ? Nous ne voyons qu’un élément du problème que notre théorie laisserait sans explication. Pourquoi donc, dira-t-on, les insurgés religieux du midi, au lieu de revêtir ce manteau oriental, n’abondèrent-ils pas tout simplement dans le sens purement réductif de la tradition catholique préconisé par Pierre de Bruis, Henri, les vaudois, et qui aurait tout aussi bien satisfait leurs antipathies et leur besoin de piété plus austère ? J’avoue m’être souvent posé cette question sans pouvoir la résoudre ; mais nous devons à M. Peyrat une observation très fondée et très instructive. Il nous montre que le catharisme était sympathique surtout à la noblesse. Il y avait dans les tendances henriciennes et vaudoises quelque chose de niveleur, de démocratique, qui devait exciter le dédain ou la défiance de l’aristocratie méridionale. Au contraire le catharisme, avec son dualisme raffiné, son organisation épiscopale, ses prétentions à l’aristocratisme religieux, était bien plus en harmonie avec l’esprit d’une société féodale. C’est pour cela qu’il trouva son principal point d’appui dans la brillante noblesse méridionale du XIIe siècle. Tant que celle-ci le protège, il est fort et résiste aux plus formidables assauts. Quand enfin cette noblesse vaincue, découragée, plus que décimée par la guerre, les confiscations, les supplices, ne peut plus ou ne veut plus le soutenir, il s’affaisse et meurt lentement, obscurément, sans se retremper comme d’autres sectes dans le martyre de ses confesseurs.

L’histoire de la lugubre croisade albigeoise n’est plus à faire. On sait qu’après un premier essai de guerre sainte tenté par le cardinal Henri en 1180, et qui ne réussit guère, Innocent III crut nécessaire de frapper les grands coups. Le voyage des légats Raoul et Pierre de Castelnau dans les provinces méridionales eut sans doute pour but officiel de combattre l’hérésie par la controverse, mais aussi et surtout de lui enlever l’appui de la haute noblesse. C’est la puissante maison de Toulouse qu’il s’agissait principalement de détacher. Raymond VI sympathisait visiblement avec les sectaires, sans rompre formellement avec l’orthodoxie catholique. Il résista de son mieux aux objurgations des légats, refusa de persécuter ses sujets hérétiques, fut censuré, excommunié, prit peur et finit par se soumettre à ce qu’on exigeait de lui ; mais Pierre de Castelnau l’avait à peine quitté qu’il fut assassiné. Raymond eut beau protester de son innocence, Innocent III ne voulut pas y croire, et saisit avidement ce prétexte pour lancer la bulle de croisade contre les albigeois. Philippe-Auguste, que d’autres questions