Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/70

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Philippe-Auguste. Il se fit adjuger par le pape la possession des provinces conquises par Simon, et, malgré les offres de soumission des princes méridionaux, il partit à la tête d’une armée pour leur imposer sa domination directe. En passant, il prit Avignon, après un siège pénible, puis il traversa le pays sans rencontrer de résistance ; mais il n’obtint pas non plus de soumission réelle, et, quand il mourut en Auvergne (1226) de la maladie qui le minait depuis quelque temps, on eût dit qu’il n’avait guère fait autre chose qu’une promenade militaire inutile. Ce fut en réalité Blanche de Castille, mère de saint Louis et tutrice du jeune roi, qui, de concert avec le cardinal Saint-Ange, son très intime conseiller, fît la conquête définitive du midi. Espagnole et ambitieuse, elle fut heureuse de penser que du même coup elle écrasait l’hydre hérétique et reculait jusqu’à la Méditerranée les limites du royaume. Malgré les embarras de sa lutte avec les grands vassaux, elle envoya des renforts à Humbert de Beaujeu, qui commandait l’armée royale presque emprisonnée dans Carcassonne. Toulouse fut bloquée, le midi fut encore une fois dévasté. Les seigneurs méridionaux n’osèrent pas prolonger la résistance. Raymond VII et le comte de Foix durent se rendre à Meaux et passer par toutes les conditions qu’on leur imposa. Raymond vit ses domaines réduits au seul diocèse de Toulouse, avec quelques appendices dans le Quercy et l’Agenois ; de plus il lui fallut s’engager à donner sa fille unique en mariage à l’un des fils de Blanche. Le démantèlement de certaines villes, des garnisons royales dans d’autres, devaient servir de garantie. Enfin il dut promettre de poursuivre les hérétiques sans miséricorde et de subir la flagellation ecclésiastique, qui lui fut administrée à Paris, le 12 avril 1229, devant le grand autel de Notre-Dame.

Les cathares n’osaient plus se montrer à découvert, mais ils étaient toujours nombreux et ardens. Raymond, qui les considérait avec raison comme ses partisans les plus fidèles, ne les poursuivait que mollement. La plupart des grandes familles, après avoir plié sous l’ouragan de la croisade, étaient restées affiliées ou du moins favorables à la secte persécutée. Le comte de Foix lui-même était cathare décidé, et son château servait de refuge aux bons hommes et aux diacres ou diaconesses traqués par les gens de l’évêque de Toulouse. Comme les anciennes sectes gnostiques, comme le manichéisme, la tendance cathare excellait dans l’art de se cacher sous des dehors orthodoxes. Sans en avoir jamais fait un dogme, il semble qu’elle s’accommodait assez bien d’une conformité extérieure avec le rituel catholique, quitte à se dédommager en secret des hommages involontaires qu’elle se croyait forcée de rendre au génie du mal. Voilà la véritable origine de l’inquisition comme institution sui generis. Jusqu’alors la recherche des hérétiques avait été d’une