Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/785

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de viole. Depuis le cor jusqu’à la guimbarde, on jouait de tous les instrumens de musique dans la famille de Louis XV ; on ne savait pas encore jouer de la harpe ; on prit des leçons de Beaumarchais. Un concert de famille lut organisé, auquel assistèrent chaque semaine le roi, la reine, le dauphin et un petit nombre de personnes.

Beaumarchais, qui affectait auprès des princesses l’air dégagé et les belles manières d’un homme de qualité, fut pris au piège qu’il avait tendu lui-même. On le traita en homme de qualité, il fut chargé de satisfaire toutes les fantaisies musicales de Mesdames. Presque chaque jour les dames des princesses lui firent l’honneur de lui écrire pour le prier d’acheter une musette, un tambourin, une harpe, que sais-je ? D’argent, il n’était point question. Quand le malheureux Beaumarchais, déjà ruiné au point de n’avoir plus le sol par les voyages de Paris à Versailles, osait présenter son mémoire, on ne manquait jamais de le renvoyer aux calendes grecques avec les autres fournisseurs de la maison de France ; mais aussi qu’était allé faire dans ce vieux monde le jeune Figaro ? Ce qu’il fit toute sa vie : il intriguait, s’il ne plaidait. Grâce au crédit de Mesdames, il obtint, non la charge de grand-maître des eaux et forêts, mais celle de lieutenant-général de chasse aux bailliage et capitainerie de la varenne du Louvre. Ce n’était guère ; il pesta contre les préjugés des nobles qui souriaient en s’enquérant de son fief, et se promit bien de tirer plus tard un meilleur parti de la connaissance de Mesdames. Il fit tant et si bien qu’au cours d’un de ses innombrables procès il se présenta au public, dans un mémoire, comme le protégé des filles de France : il publia une lettre qu’il s’était fait écrire par la dame d’honneur de Victoire. C’est alors qu’il s’attira cette déclaration, signée Adélaïde, Victoire et Sophie : « Nous déclarons ne prendre aucun intérêt à M. Caron de Beaumarchais et à son affaire, et ne lui avoir pas permis d’insérer dans un mémoire imprimé et publié des assurances de notre protection. » Figaro avait menti, c’était son moindre défaut. Il est même probable qu’il ne fut que médiocrement humilié. Certes c’étaient de très petits et très médiocres esprits que ceux de Mesdames : la hauteur et la délicatesse de leur caractère étaient cependant quelque chose de trop raffiné pour Beaumarchais. Il ne comprit pas, ne fut ni moins fat ni moins impertinent. On savait qu’il avait été chassé de Versailles ; M. de Saint-Florentin lui avait envoyé l’ordre de n’y plus reparaître. De bonnes âmes s’étonnaient de sa disgrâce, demandaient les raisons et les causes, — à quoi Beaumarchais, avec une désinvolture admirable, répondait en pirouettant : « Jeune comme je suis, point mal de figure et partagé de nombre de petits talens qui sont les