Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/853

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sont pas dessinées, d’après un modèle uniforme. a Le loup et le renard sont pareils depuis la zone torride jusqu’aux régions glacées, » disait Cuvier, il y a un demi-siècle ; l’illustre zoologiste avait donné grande attention aux caractères de ces animaux. Un naturaliste très enclin à considérer et même à exagérer les effets du climat croira rectifier l’assertion en écrivant : « A mesure qu’on s’avance vers le nord, on voit le renard acquérir une fourrure plus longue, plus abondante, plus fine, et en même temps sa taille grandir ;… le loup aussi est plus grand dans le nord et plus velu. » Pareille remarque, motivée par l’intention de faire ressortir l’étendue de la variation, indique assez dans quelles étroites limites se modifie un mammifère par les conditions d’existence.

De nombreux oiseaux sont disséminés sur une grande partie de l’ancien monde. Le balbusard et d’autres rapaces habitent à la fois l’Europe, l’Afrique et l’Asie ; le coucou n’est pas moins cosmopolite, on le rencontre jusque dans l’île de Madagascar ; notre beau loriot se trouve au Sénégal, en Chine et dans l’Inde ; ils n’accusent nulle part urne tendance à se transformer. Au Japon, en Chine, dans l’Asie centrale, des oiseaux du groupe des moineaux ou de la famille des fauvettes ressemblent à tel point à ceux d’Europe qu’on les distingue tout juste par de légères différences dans les teintes du plumage. Sans doute, dans plus d’un cas, les ornithologistes auront noté comme espèces particulières des variétés locales ou des races ; le fait démontré par la connaissance complète de l’aire géographique, on n’en sera que mieux assuré à l’égard des véritables caractères des espèces. Selon l’abondance de la nourriture, les poissons acquièrent des dimensions très variables ; selon la nature des eaux, ils prennent des colorations qui souvent trompent les observateurs. La plus simple des expériences conduira toujours à reconnaître ce que l’observation ne permet pas de décider. Ne suffirait-il pas en effet de faire vivre les uns où vivent les autres pour apprécier exactement l’influence du milieu ?

Les insectes sont vraiment intéressans à considérer lorsqu’il s’agit de notions géographiques, de conditions de la vie, d’influences extérieures. Le nombre de ces créatures est formidable, et avec le nombre s’élargit le champ des comparaisons ; dans ce monde, la diversité des formes, des aptitudes, des instincts, est extrême, et avec la diversité s’accroissent les élémens de toute généralisation. Certains insectes se déplacent peu ; d’autres, pourvus de puissans moyens de locomotion, mettent à profit une précieuse faculté. Plusieurs coléoptères sont communs à la fois aux environs de Paris, de Moscou et de Pékin, les voyages ne les ont pas changés. C’est mieux encore pour les lépidoptères. Le grand porte-queue ou papilio machaon que l’enfant poursuit dans nos campagnes habite