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effets de la vie sédentaire, déplorables pour la constitution de la charpente osseuse chez les jeunes sujets, se font apercevoir très vite même sur les animaux adultes. Il est parfaitement su dans les musées qu’on n’obtient jamais de beaux squelettes avec les hôtes anciens des ménageries. M. Darwin, qui cite très fréquemment des personnes dont il a tiré des avis ou des renseignemens, a oublié de s’entretenir avec un préparateur d’anatomie.

Après avoir montré d’une façon habile à quel point un animal peut être déformé sous la main de l’homme et avoir fourni des preuves sans nombre que l’espèce soumise à la domesticité depuis plus de trois mille ans revient toujours à sa nature primitive, et ne semble perdre son caractère originel qu’en offrant tous les signes de la monstruosité, M. Darwin essaie encore de livrer un combat bien inutile. Il tient formellement à établir un fait reconnu de tous les zoologistes, — une prétention qui a sa formule dans le langage vulgaire. « Les éleveurs de pigeons de fantaisie, dit-il, croient que les races domestiques proviennent de plusieurs souches sauvages, tandis que la plupart des naturalistes les regardent comme la descendance du biset ou columba livia. » L’opinion des amateurs de pigeons a juste la même portée que celle des amateurs de roses ; quant aux naturalistes, ceux-ci n’ont pas attendu l’auteur de l’ouvrage sur l’origine des espèces pour savoir la vérité. Les purs classificateurs, nullement préoccupés des particularités de l’organisation des êtres, mais doués du tact que donne la longue habitude de considérer les formes extérieures, ne se sont jamais abusés. Temminck, Charles Bonaparte, d’autres encore, ces ornithologistes qui ont tracé les descriptions des espèces de pigeons du monde entier affirment sans hésiter que la columba livia, le pigeon des rochers, sauvage en Europe, au nord de l’Afrique et en Asie jusqu’à l’Inde, est l’ancêtre de toutes les races domestiques. M. Darwin s’en étonne et laisse deviner une impression de mauvaise humeur. Pourquoi l’avoir privé d’un triomphe lorsqu’il aurait si volontiers excusé l’erreur ? Dans ses efforts pour instruire de ce que tout le monde sait, le naturaliste anglais insiste sur la fécondité des pigeons issus des types les plus différens ; il a multiplié les épreuves avec un plein succès. Le détail doit être noté, car ailleurs, pour le besoin de la cause, M. Darwin ne croira pas absolument nécessaire de compter avec la stérilité des produits de deux espèces distinctes.

Au sujet de certaines idées relatives à la mutabilité des êtres, il fallait accorder aux pigeons de volière une sérieuse attention. Mieux que tous les autres animaux domestiques, ces oiseaux d’une douceur proverbiale se prêtent à l’esclavage. Parce qu’ils peuvent vivre confinés et ne pas se montrer trop exigeans sur le choix de la nourriture, ils éprouvent des variations dans la plus large mesure dont on