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grande gloire de l’industrie agricole. Plus on étudie les animaux domestiques, plus on apprend que les espèces s’écartent peu du type primitif. Un accroissement ou une diminution de volume, soit de la masse entière du corps, soit de quelques parties, des dégénérescences, des anomalies de l’organisme, font les variations si apparentes qui ont parfois une importance considérable au point de vue économique. Dans l’état actuel de la science, il est vrai, l’embarras est extrême au sujet de l’animal que l’homme s’est le plus attaché. Relativement au caractère des différences que présentent les chiens règne la plus grande incertitude. Tour à tour, le fidèle compagnon de l’homme a été regardé comme un loup apprivoisé et cité comme ayant le chacal pour ancêtre ; maintenant l’opinion la plus générale veut que les chiens descendent de plusieurs espèces sauvages distinctes. Cette dernière présomption s’appuie sur des faits d’une valeur très réelle ; mais ni les bêtes sauvages ni les bêtes domestiques n’ont été soumises à des observations suffisamment approfondies pour que la lumière soit faite. Une recherche longue et difficile appelle les investigateurs.


IV

Dans l’opinion de l’auteur du livre sur l’Origine des espèces, la lutte pour l’existence doit amener chez les êtres des modifications considérables. Le mot réveille le sentiment d’une pénible réalité ; il a fait fortune. La lutte pour l’existence, c’est la loi du monde. Hommes sauvages ou civilisés connaissent le besoin d’aller à la peine ; animaux courageux ou timides sentent la nécessité de défendre leur vie. On ne l’ignorait pas avant M. Darwin, on parlait de l’instinct de conservation, mais le naturaliste anglais dénonce un résultat fort inattendu qui réclame examen.

Les périls dont chaque créature est menacée se renouvellent sans cesse, la lutte est donc perpétuelle. Contre les attaques des bêtes carnassières, ayant en partage la force et les armes puissantes, les êtres faibles opposent l’adresse, la ruse, la vigilance. L’inoffensif papillon que poursuit la libellule du rivage ou l’oiseau de la forêt trompe quelquefois le chasseur en changeant d’allure. A la vue du faucon, la colombe tremblante essaie d’un stratagème pour se dérober. Aussi bien que l’antilope ou la gazelle cherchant son salut par la rapidité de la fuite, l’homme est exposé à devenir la proie des plus redoutables animaux. Si de nos jours l’Européen s’inquiète rarement du voisinage des ours et des loups, l’Africain vit dans la crainte du lion, et l’Asiatique dans la terreur du tigre ; ce sont toujours des combats à livrer. Les ardeurs d’un soleil trop brûlant, les froids excessifs, des pluies torrentielles, des inondations, causent la