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des contribuables ne produisirent presque plus rien. Dans ces conditions, la charge des impôts, les vices de la répartition, devaient être assez peu sentis.

Le directoire abolit en l’an IV la faculté de s’acquitter en nature ou en papier, et l’impôt ne fut plus payable qu’en numéraire. Dès lors les plaintes, qui s’étaient quelque temps assoupies, se réveillèrent plus vives que jamais. On voulut les apaiser en diminuant les contingens des départemens dont la surcharge était trop évidente. La pente était glissante, ces dégrèvemens successifs dépassaient déjà en 1799 le chiffre de 50 millions.

L’année suivante, en 1800, le premier consul ayant insisté au conseil d’état sur l’intérêt qu’il y aurait à entreprendre l’exécution du cadastre, le conseiller d’état Bigot de Préameneu souleva les objections les plus vives. Le consul Lebrun intervint dans le débat pour déclarer qu’un cadastre général serait une « œuvre monstrueuse qui coûterait 30 millions, et exigerait au moins vingt ans de travail. » Il fallait cependant prendre un parti, l’opinion publique réclamait de promptes mesures, et le trésor, pour satisfaire aux réclamations, était entraîné à de continuels sacrifices. Une commission, composée d’agens supérieurs des contributions directes, fut chargée d’étudier de nouveau la question du cadastre et de présenter un projet. Après de longues recherches, elle proposa de procéder à des arpentages et à des évaluations par masses de cultures identiques. Ce travail lui-même parut trop considérable, et l’on se résolut à ne l’exécuter que dans un certain nombre de communes, qui durent servir de termes de comparaison pour les autres évaluations.

Ce système, à première vue, était ingénieux, il avait l’avantage de n’entraîner que des dépenses relativement peu élevées ; par malheur, sous bien des rapports, il était défectueux. Pour que le cadastre de quelques communes par arrondissement pût servir à déterminer les forces contributives des autres, il aurait fallu que la dissimulation des contenances et des revenus dans les matrices dressées par les municipalités fût proportionnelle dans chaque circonscription ; mais il en était tout autrement : aussi dès 1803 se vit-on conduit à faire les opérations d’arpentage et d’expertise dans toutes les communes. Deux années s’étaient à peine écoulées, qu’on apercevait de nouvelles difficultés. Les déclarations des propriétaires concernant leurs parcelles ne cadraient jamais avec les résultats collectifs des expertises pour l’ensemble des cultures. L’opération ne fournissait pas en définitive de données équitables au point de vue de la répartition individuelle. Le cadastre par grandes masses n’avait qu’une utilité très restreinte. On se trouvait entraîné, pour ainsi dire, malgré soi vers la confection d’un travail plus considérable.

Dès cette époque, un certain nombre de conseils municipaux,