Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/887

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rénovation cadastrale nous ramènent en arrière pour nous faire apprécier toutes les difficultés de l’entreprise, Beaucoup d’esprits éclairés cependant, à la chambre, dans la presse, ne veulent pas renoncer à leurs espérances. A les entendre, il serait aisé de corriger les défauts du cadastre actuel ; sans recommencer toutes les opérations, on pourrait réviser les évaluations cadastrales, opérer un nouveau classement des parcelles ; il serait possible d’utiliser les anciens plans, et, sans entreprendre de nouveaux arpentages, il y aurait moyen de faire disparaître les inexactitudes des évaluations de revenus. Dans ces termes, la révision du cadastre serait une opération assez simple ; mais on se laisse aller à d’étranges illusions. Sans doute, si les anciens plans avaient été tenus au courant, s’ils étaient en harmonie avec l’état du sol, on pourrait sans trop de difficultés réviser le classement des terres ; malheureusement il en est tout autrement. Suivons par la pensée les classificateurs dans les opérations qu’ils auraient à faire. Munis des anciens plans, ils se transportent sur le terrain et recherchent une parcelle pour en constater le revenu actuel et modifier le classement ; si, par bonheur, les anciennes limites peuvent être reconnues, seront-ils, tirés d’embarras ? Que de difficultés ne vont pas surgir ! Cette parcelle formait autrefois un tout homogène ; elle a été morcelée, divisée entre plusieurs propriétaires, les différentes portions sont soumises à des genres de culture très divers : plantée jadis en bois, elle a été défrichée, une partie est cultivée en vignes, une autre est convertie en prairies artificielles, une autre peut-être en terres labourables. Ces diverses portions sont aujourd’hui de qualités très différentes, donnent des revenus très inégaux ; ne faudrait-il pas en constater l’étendue respective et les ranger dans des classes distinctes ? Il sera donc la plupart du temps indispensable de refaire des arpentages, de dresser des plans nouveaux ; on s’était flatté de rectifier l’ancien classement, on se verra contraint de repasser par toute la filière des opérations cadastrales. — L’expérience d’ailleurs est là pour justifier ces prévisions. En 1835, l’administration a tenté sur plusieurs points de réviser le classement ; partout les agens ont été entraînés à refaire en définitive l’ancien travail tout entier.

Dans une discussion récente, le ministre des finances, l’honorable M. Magne, donnait à ce sujet, avec la clarté qu’il sait apporter au milieu des discussions les plus obscures, des explications catégoriques. « J’ai été tout à l’heure, disait-il dans la séance du 5 mars 1874, un peu surpris d’entendre un homme aussi expérimenté que l’honorable M. Raudot déclarer qu’il suffirait de prendre la matrice du cadastre, d’examiner quelle était l’étendue de telle parcelle non imposée, parce qu’elle était alors inculte, et de lui appliquer,