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assurent que les nids des jeunes n’ont pas en général la perfection de ceux des sujets qui pratiquent depuis plusieurs années. C’est tout. Enfin M. Wallace se livre à une comparaison pleine d’intérêt; le résultat mérite d’être noté. La plupart des oiseaux dont le brillant plumage attire l’attention établissent leurs nids dans le creux des arbres ou dans d’autres endroits très cachés ; au contraire, pour couver, les espèces de couleurs sombres s’installent plus volontiers dans des situations où il est moins difficile de les découvrir. Contre les périls, la créature est servie par l’instinct. Ce monde des oiseaux est charmant sans doute; mais, lorsqu’on en l’apporte des merveilles dans le dessein de prouver que toutes les perfections doivent être attribuées à la sélection naturelle, la raison est confondue. Il est vraiment trop présomptueux et trop simple de vouloir expliquer d’un mot des phénomènes qu’on ne parvient point à comprendre.


III.

Le célèbre inventeur de la sélection naturelle procède toujours avec une rare habileté. Dans ses premiers ouvrages, la prudence, si l’on peut ainsi dire, masque l’audace. Il importe, en vue du succès, de ne pas trop effaroucher les consciences et surtout de ne pas froisser les puériles vanités de ce monde ; il est question de plantes et d’animaux, nullement de l’homme. Aussi le savant sera bien loué d’une réserve et d’une sagesse qui semblent indiquer, avec l’attachement à la science pure, la volonté de ne pas S’avancer sur un terrain brûlant. La réserve était feinte et la sagesse seulement apparente; le chemin suivi devait être en entier parcouru, ainsi l’exigeait la logique. D’ailleurs le coup que M. Darwin n’avait osé porter dès le début avait tenté les audacieux. Tout être, présumait l’auteur du livre sur l’Origine des espèces, descend d’un type inférieur. Sans doute, avaient acclamé des gens qui aiment à troubler les âmes impressionnables, cela est si vrai que les ancêtres de l’homme étaient des singes. L’effet a été prompt; blessées dans leur dignité, les personnes qui croient savoir comment le premier homme et la première femme ont été créés se sont fâchées. C’est tout ce que pouvaient souhaiter de mieux les malins inventeurs de l’origine du genre humain. M. Darwin ne voulut pas abandonner à d’autres la gloire de l’étonnante découverte ; il l’avait préparée, il a cherché à la consolider par sa doctrine [1]. L’idée de la sélection naturelle avait eu un succès près de ceux qui préfèrent une poétique rêverie à l’observation patiente; l’enthousiasme allait se refroidir, le besoin

  1. The Descent of Man, London 1871, 2 vol.