Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/105

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domicile pût s’y plaire et s’y bien porter, deux conditions qui font en somme pour une bonne part l’énergie et la moralité du colon.

Toutes les maisons sont réunies sur un même point et presque se touchant les unes les autres ; il serait facile au moindre danger de les entourer d’un mur unique qui suffirait à tenir en échec les forces insurrectionnelles des indigènes. Dans certains villages créés par le gouverne ment, les habitations sont placées à 45 mètres de la rue, qui elle-même a 16 mètres de largeur ; cette disposition permet à chaque colon d’avoir son jardin près de sa maison, avantage à considérer, mais il en résulte un isolement qui rendra plus faciles les vols de nuit, pour lesquels les Arabes sont d’une habileté et d’une audace sans pareilles. Ne vont-ils pas, dans les fermes détachées, jusqu’à percer les murs avec un couteau pour y faire passer une vache ou un cheval ? Il ne faudrait pas oublier d’ailleurs que la province d’Alger fut le principal foyer de l’insurrection de 1871. Les tribus les plus insoumises ont été, par acte de l’autorité, dépossédées de leurs terres, les 2,000 hectares du territoire d’Azib-Zamoun notamment appartenaient à la tribu rebelle des Beni-Amran ; mais il n’a pas toujours été loisible au gouvernement de trouver à l’intérieur d’emplacement convenable pour établir les indigènes punis du séquestre ; aujourd’hui encore, en plus d’un endroit, ils occupent leurs anciens douars. Plusieurs aussi conservaient des droits auxquels on ne pouvait toucher sans injustice ; tel est le cas d’Omar-ben-Zamoun, amin des Beni-Amran et représentant d’une vieille famille qui a donné son nom au pays. Son père fut jadis dans ces contrées le chef redoutable des ennemis de la domination française ; le fils, qui jouit encore d’une autorité considérable parmi ses compatriotes, n’est point un homme de poudre, comme disent les Arabes, et, bien qu’on puisse douter de sa sympathie pour nous, il cherche à demeurer en bons rapports avec les vainqueurs. Sa tribu cependant a pris en 1871 une part active, avec les Beni-Aïcha, les Beni-Khalfoun, les Ammals, au pillage et à l’incendie des villages voisins de l’Aima et de Palestro. Il fut de ce chef, après l’insurrection, traduit devant l’autorité judiciaire ; l’instruction ne put réunir contre lui des charges suffisantes ; il aurait même, à l’approche de la colonne du général Cérez, protégé efficacement la vie d’une quarantaine de malheureux Européens, et, par son influence personnelle, aidé à la soumission des insurgés. Il échappa ainsi au séquestre infligé à ceux de sa tribu. Or précisément son domaine se trouvait enclavé dans le territoire concédé à la société ; là-dessus Omar consentait bien à abandonner une centaine d’hectares, sauf à recevoir en échange une quantité équivalente de terres sur un autre point ; mais il voulait conserver à tout prix l’ancienne ferme de ses ancêtres avec