Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/107

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chaque famille une concession d’environ 25 hectares. Le territoire d’Azib-Zamoun n’est pas concentrique autour du village, lequel, dans l’intérêt de la santé générale, a été bâti à un point extrême ; si tous les lots eussent été compactes, les uns se fussent trouvés à proximité des habitations et les autres à une distance relativement considérable, au grand désavantage de leurs possesseurs. Outre ces 25 hectares, qui forment à peu près l’étendue nécessaire à la subsistance d’une famille ordinaire, chacune d’elles a reçu auprès du village 1 hectare de vignes, aujourd’hui planté, et 30 ares de jardin, sans compter le lot urbain, sur lequel est bâtie la maison. La société se réserve de donner ultérieurement aux familles nombreuses et laborieuses un supplément de terre. Le surplus du territoire, comprenant les crêtes impropres à la culture, sera laissé comme communaux en pâturage pour le bétail.

Jusque-là, pour la construction des maisons et l’habile direction des travaux, la société avait pu s’en remettre presque entièrement à l’intelligence et au bon vouloir de l’administration coloniale. Toutefois, à mesure que l’entreprise prenait plus de développemens, un agent particulier lui devenait nécessaire, qui résidât sur les lieux, décidât par lui-même des questions de détail, prit enfin les dernières mesures indispensables à l’installation des colons. On fit choix d’un homme actif et intelligent, ancien sous-officier du génie, qui avait longtemps vécu en Algérie et connaissait à merveille le pays et les mœurs des habitans. Par ses soins, des marchés furent passés avec des fournisseurs d’Alger qui s’engageaient à livrer à époque fixe, d’après des types acceptés par une commission locale et à un prix déterminé d’avance, le matériel complet destiné aux familles ; objets de literie, mobilier, ustensiles de ménage, herses, charrues et autres instrumens de culture. Tout cela fut pris neuf et de bonne qualité ; du reste il devait être permis aux immigrans d’apporter avec eux le plus d’ustensiles et de mobilier possible, et la société leur en assurait le transport gratuit : on aurait ainsi l’avantage moral d’acclimater plus vite les nouveau-venus en les entourant d’objets auxquels ils attachent une valeur d’affection. D’Alger également on fit venir les plantes maraîchères et les arbres fruitiers qui convenaient le mieux à la nature du sol et promettaient de réussir dans les jardins ; on réunit de fortes provisions de semences en blé, seigle, orge, sorgho et pommes de terre ; enfin l’agent de la société s’occupa d’acheter sur les marchés voisins un grand nombre de bœufs de labour dont une paire devait être donnée dès l’arrivée à chacun des colons afin qu’ils pussent se mettre au travail sans tarder et ensemencer leurs terres.

Quatre mois avaient suffi pour tous ces préparatifs ; comme d’un coup de baguette, par la volonté de quelques hommes de cœur, en