Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/114

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société ; la construction des maisons n’avançait pas. On s’est alors demandé à Paris s’il ne valait pas mieux pour le succès de l’œuvre concentrer les efforts de la société dans la province d’Alger, qui présente de plus grandes facilités de communications et d’accès ; on y trouvait cet autre avantage de réduire notablement les frais généraux en confiant tous les détails du service à un seul et même agent. En conséquence, proposition fut faite au gouvernement de l’Algérie de lui rétrocéder le territoire d’Aïn-Tinn. Celui-ci accepta sans difficulté ; il prit à sa charge les maisons commencées et en remboursa le prix intégral, se chargeant d’y établir lui-même des colons. De plus, en échange d’Aïn-Tinn, le gouverneur-général s’est engagé à procurer à la société d’autres terrains défrichés d’une étendue équivalente, à proximité du village d’Azib-Zamoun.

D’ailleurs au moment même où la société se retirait de la province de Constantine, une première compensation s’offrait à elle dans la province d’Alger. Aussitôt après la guerre, M. Dollfus, le généreux patriote, l’ancien maire de Mulhouse, le grand industriel si connu pour ses institutions philanthropiques, avait entrepris de fonder à ses frais en Algérie un village pour les émigrans alsaciens-lorrains. Il avait demandé et obtenu du gouvernement colonial la concession du territoire de Boukhalfa, d’une contenance de 1,300 hectares environ, sur la route d’Alger à Tizi-Ouzou, à Il kilomètres à peu près de ce dernier point. Un certain nombre de maisons étaient déjà construites, les familles même installées, quand la mort de l’agent qu’il avait choisi pour le remplacer sur les lieux vint contrarier ses desseins ; en outre son âge avancé, la multiplicité des questions que soulève la création d’un village entier, la difficulté, ou pour mieux dire l’impossibilité matérielle qu’il y a pour un homme seul à les régler par lui-même, tout cela ne lui laissait plus espérer le succès. Désireux cependant de voir utiliser les dépenses et les travaux déjà faits, il s’informa auprès de M. le comte d’Haussonville si la société ne voudrait point se charger de sa concession et continuer à sa place l’œuvre de colonisation commencée. Le territoire de Boukhalfa n’est situé qu’à une faible distance d’Azib-Zamoun et du Camp-du-Maréchal, dont il forme en quelque sorte le prolongement. Il répondait tout à fait aux vues et aux besoins de la société. On n’eut pas de peine à s’entendre, et le 15 juin 1874 le gouverneur-général attribuait à la société de protection le territoire de Boukhalfa, rétrocédé par M. Dollfus, en prenant comme bases de la convention les mêmes conditions qui avaient été établies déjà pour Azib-Zamoun.

Le nouveau village est assis sur un plateau au pied du massif de Bellona, non loin de la grand’route qui va d’Alger à Tizi-Ouzou. Élevé de 200 mètres environ au-dessus du niveau de la mer, il