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commencement du XVIe siècle se continue dans les cours souveraines et dans les tribunaux au siècle suivant.

L’uniformité disparut de plus en plus aux XVIIe et XVIIIe siècles. Quand on parcourt une collection d’autographes de cette époque, on s’aperçoit qu’il n’y règne pas un style susceptible d’être nettement défini, bien que certaines configurations de lettres affectent encore à telle ou telle période une physionomie qui peut servir à les dater. L’écriture varie assez sensiblement d’une personne à l’autre ; elle a chez les individus de tel état un autre aspect que chez les individus de tel autre. Tandis qu’elle garde généralement sous les doigts des gens de qualité ses caractères allongés, elle se rapetisse, devient plus ramassée ou plus menue dans l’écriture de la bourgeoisie. Les écrivains de profession, les érudits, les cuistres, qui ont besoin d’écrire beaucoup et vite, ne donnent plus aux lettres ces grands airs de gentilhomme qu’elles conservent dans l’écriture d’un Bossuet, d’un Racine ou d’un Fénelon. Déjà au siècle précédent l’écriture avait subi chez quelques-uns cette modification par les causes qui devaient agir plus puissamment au XVIIIe siècle. L’écriture du célèbre érudit Du Gange, qui écrivait au milieu du XVIIe siècle, est presque menue ; celle de Colbert, moins régulière, ne l’est guère moins. C’est que le grand ministre avait été d’abord simple commis et qu’il écrivait à chaque instant. Comparez son écriture à celle du marquis de Torcy, son neveu, voyez comme les lettres s’allongent, comme les jambages ont gagné en hauteur : c’est que le marquis de Torcy se sent déjà de noble race. Il a pris les habitudes des gentilshommes, qui donnent à leurs caractères plus d’ampleur ; mais au voisinage de la révolution, même chez les gens de qualité, l’écriture tend à se raccourcir : elle est bien l’image de ce qui se passe et nous montre l’abaissement des grands. Rapprochez l’écriture de Louis XVI de celle de Louis XIV, et vous pourrez vous dire, rien qu’à la vue de ces caractères, que l’infortuné monarque ne devait être que l’héritier bien amoindri du grand roi. Il semble même que son écriture se soit encore rapetissée après la prise de la Bastille ; il écrit alors presque comme un bourgeois. C’est que les événemens l’obligent à écrire plus souvent, à annoter à la marge une foule de pièces, à écrire même à la hâte, tandis que les rois ses ancêtres et les anciens gentilshommes écrivaient peu et prenaient leur temps.

A dater de la seconde moitié du XVIIIe siècle, il n’y a plus de discipline dans la main ; on a secoué la tradition, on est en pleine anarchie ou, pour mieux dire, en pleine individualité. Chacun écrit à sa guise, l’un gardant plus ou moins les vieilles formes, l’autre suivant dans le tracé sa commodité personnelle, et cette divergence croissante dans les styles graphiques ne fait que