Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/163

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nous avançons, plus nous remettons à des procédés mécaniques le soin des transcriptions. Quand on n’imprime pas, on autographie. La photographie, la photogravure sont aujourd’hui préférées aux meilleurs copistes, parce qu’elles sont plus exactes. Il n’est pas jusqu’à la télégraphie électrique qui ne charge elle-même un appareil d’écrire la dépêche que l’on reçoit. Toutefois, si l’on vise à la rapidité, le besoin de clarté qui se faisait déjà sentir au XVIe siècle se manifeste de plus en plus. Dans l’écriture cursive, l’imperfection et l’arbitraire du tracé mettent parfois assez notre sagacité à l’épreuve pour qu’on n’y ajoute pas la difficulté des abréviations, et, sauf un petit nombre, on les a totalement bannies. Cependant malgré les altérations que jusque de nos jours le caprice ou la maladresse fait subir à l’écriture usuelle, la cursive garde en France plus de clarté que chez les Allemands, qui ont conservé des ligatures abréviatives, que nous rejetons, et allongé les panses de lettres de façon à en faire presque de simples jambages. Plus attachés que nous aux traditions du moyen âge, nos voisins ont persisté pour l’impression dans l’emploi des caractères gothiques dont ils ont toutefois adouci les angles depuis deux siècles ; auparavant ils se servaient encore d’une gothique que l’Angleterre et la France avaient depuis longtemps abandonnée. Chez plusieurs peuples où l’influence germanique s’est fait sentir, l’écriture allemande a prévalu au moins en typographie ; mais la clarté, la netteté, et, comme diraient les typographes, le bel œil de notre alphabet romain et de notre italique, tels qu’ils sont sortis des progrès de l’art, le font de plus en plus préférer à l’alphabet allemand. Déjà, pour un grand, nombre de livres imprimés en langue allemande, on a adopté les lettres latines, et les Roumains, qui sous une influence slave s’étaient servis dans le principe des lettres cyrilliennes, qu’ils abandonnèrent ensuite pour un alphabet formé de l’alphabet russe enrichi de quelques lettres, ont fini par y substituer l’alphabet latin, dont les droits sur leur idiome sont assurément très fondés, cet idiome appartenant à la famille des langues romanes.

L’invention de l’imprimerie a eu l’avantage de rendre l’écriture moins variable qu’elle ne l’était quand tout se traçait à la main ; elle a fait pour l’écriture un peu ce que celle-ci avait fait pour le langage. En uniformisant les styles, elle a donné plus d’unité à la façon de figurer les lettres et a facilité par là les communications intellectuelles. Doit-on croire qu’elle ait pour cela rendu à tout jamais impossibles de nouvelles et profondes modifications dans l’écriture, qu’elle ait irrévocablement fixé l’alphabet et imposé un tracé cursif dont il sera impossible de nous détacher ? A considérer la généralité de l’emploi de l’écriture, la multiplicité des correspondances, la nécessité pour les peuples civilisés de se mettre de plus