Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/179

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Français, ils prennent avec dépit le chemin de la frontière. Comme ils n’ont au dehors que des cliens de hasard, et qu’ils n’adoptent ni leurs modes ni leur métrage favori, la vente leur est contraire, ou bien ils attendent paisiblement que l’étranger, plein d’admiration pour les spécialités françaises, leur apporte à domicile des commandes et la fortune. Tel est à peu près le sort de nos plus belles draperies, celles d’Elbeuf par exemple. Les autres ont renouvelé leur outillage et leurs procédés, remué de fond en comble la fabrication, tenté les genres les plus différens et les marchés les plus lointains : ainsi Roubaix passe sans effort des tissus mélangés à la laine pure, comprend qu’il fait froid en Russie et qu’il ne fait pas toujours chaud en Chine, noue des relations avec le nord de l’Europe, les pays slaves, l’extrême Orient, et se demande jusqu’à quel point l’Océanie se montrerait rebelle au mérinos. Quel est le résultat de cette activité ? L’exportation de nos tissus de laine s’élève en quatorze ans (1859-1873) de 180 millions de francs à 325 ; celle des tissus au coton varie entre 67 millions et 77.

Nous avons en France notre pays de la soie. Cette région s’étend tout autour de Lyon, au nord jusqu’aux limites de Saône-et-Loire, à l’ouest jusqu’à la Corrèze, au sud et à l’est jusqu’à la frontière. Lyon est le pivot de toute la fabrication, bien que le département du Rhône ne soit pas le plus riche en filatures [1]. Voilà une industrie bien française, mais aussi elle semble circonscrire le génie de notre race ; la soie sera toujours l’accompagnement ou le semblant du luxe ; en expédier dans l’extrême Orient serait envoyer de l’eau à la rivière ; en offrir aux peuples qui se contentent d’une ceinture de feuilles serait méconnaître la nécessité des transitions. Montrons-nous satisfaits de défrayer l’Europe et les États-Unis ; faisons quelques tentatives partout où de l’argent oisif se joint à des goûts européens, et considérons la soie comme une des ressources les plus larges et les plus productives du commerce de luxe, car l’exportation de la soie nous rapporte un demi-milliard. A mesure que nous avançons, le caractère, non pas unique, mais saillant de notre industrie se dessine plus nettement. Négligeons dans ces grandes lignes le chiffre relativement faible de notre exportation métallurgique, bien qu’elle soit une ressource croissante pour les départemens du centre, et qu’elle tire une grande valeur de nos aptitudes mécaniques. Allons droit à Paris, qui, même en fait d’industrie et de commerce, est toujours plus français que la France. Tout le monde a remarqué, dans les quartiers marchands, ces longues files de solliciteurs qui, généralement munis d’une boîte

  1. Voyez les représentations graphiques des industries dans un volume publié par le ministère du commerce sous ce titre : Statistique sommaire des industries principales en 1873 ; pour la soie, cartes n° 13, 14 et 15.