Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/190

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colonies qu’elles ne sauraient se suffire à elles-mêmes. En attendant, on ne leur permet pas d’essayer ; on les retient sous la tutelle énervante d’une majorité qui décide selon ses intérêts immédiats. La mesure pouvait être mauvaise : elle eût cependant porté les fruits de l’expérience. Triste penchant de l’esprit national, qui ne sait point affronter les chances diverses de la liberté, et qui, pour conserver des cliens mécontens, perd des auxiliaires utiles !

Le commerce français juge plus sainement de l’avenir des colonies nouvelles. Celles-ci n’ont point à se débattre contre des traditions fâcheuses ; seulement la nécessité les maintient encore sous le gouvernement militaire. Une seule chambre, celle de Rouen, propose d’appliquer à la Cochinchine ou à la Nouvelle-Calédonie des procédés d’un autre âge. « Quoi ! dit-elle, pas le moindre privilège, point de faveurs à nous, contribuables français, qui avons fait tant de sacrifices pour ces établissemens ? Pousserait-on la folie jusqu’à penser qu’ils se gouverneront eux-mêmes ? — Oui, répondent Paris, Bordeaux et les autres villes ; ils se gouverneront un jour, et jusque-là nous demandons que l’élément civil soit admis dans l’administration, qu’on vende à prix très bas des terres aux émigrans de tous les pays, qu’on ne cherche pas à étendre le territoire occupé, mais qu’on l’organise, que les étrangers soient traités sur le même pied que les nationaux, et la liberté commerciale appliquée partout. » Les chambres rappellent enfin que l’art de l’ingénieur a fort à faire dans ces contrées plus qu’à demi barbares, et qu’après tout, dans un pays libre, le gouvernement ne peut s’employer plus utilement qu’à construire des routes, organiser des stations sanitaires, opérer des relevés topographiques, élever des grues à vapeur, et faire des expériences intéressantes dans des jardins botaniques. Voilà la tâche paisible qu’on assigne à l’état : les commerçans se chargent du reste.


IV

Cela revient à dire qu’il faut avant tout des hommes hardis, persévérans, instruits, capables de s’expatrier : rien ne sert d’aplanir la route, si personne ne marche, et d’autre part les plus gros obstacles ne résistent pas à la puissance de la volonté. Celle-ci est à la fois l’instrument et le prix du commerce extérieur. Singulière faculté que l’énergie : nécessaire pour agir, développée par l’action, elle se fortifie à mesure qu’on la dépense ; un peuple est trop payé de sa peine quand il a réussi à faire des hommes. La commission et les chambres consultées ont également cherché dans les mœurs, l’éducation et les lois le principe de notre fortune commerciale. Il règne dans les réponses des chambres de commerce une certaine