Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/197

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chercher en dehors du cercle des occupations quotidiennes un aliment à leur activité, ils regarderont à leurs pieds : ramenés sans cesse par les nécessités de la vie au souci des intérêts matériels, ils verront qu’on peut faire un très beau chemin en appliquant son intelligence à ce qu’on fait. Ils ne seront plus entraînés malgré eux dans une foule de petits compromis, de démarches serviles, de situations dépendantes, à la remorque d’une ambition démesurée qui s’appuie sur des moyens trop faibles, et cet avenir sortira naturellement des conséquences de la démocratie, de la nécessité du travail, de la diffusion des sciences naturelles, de la curiosité salutaire qu’elles inspirent. L’éducation y contribuera sans doute en répandant les connaissances utiles ; mais il faudra d’abord que le préjugé soit exclu de l’instruction donnée par l’état. Malheureusement il se retranche dans l’université comme dans son fort ; les hommes remarquables dont elle est peuplée, fiers de leur désintéressement, en sont encore aux Romains pour l’économie politique. Certes, qu’ils continuent de nous faire des savans, des artistes, des lettrés ; il vaut mieux avoir une âme et en souffrir, que de se contenter d’un ventre ; mais, dans les plus hautes sphères de l’enseignement, aucune grandeur d’imagination ne les dispense d’inspirer à tous, gens d’étude ou de pratique, le sentiment le plus rare en France, le respect et le goût des faits contemporains. En attendant, les négocians ont raison de vouloir des écoles séparées, seule manière d’obtenir l’égalité. Pour la liberté de tester, la question perdra de son importance lorsque la richesse, sans cesse renouvelée, remplira plus rapidement les réservoirs de la propriété privée.

Enumérer les motifs qui doivent porter la jeunesse vers le commerce extérieur, c’est déjà en indiquer les bienfaits. Il est cependant un avantage sur lequel il convient d’insister, parce qu’il doit modifier tout particulièrement l’état de nos mœurs. Nous ne parlons ni de la prospérité publique ni d’un surcroît de bien-être qui, pour les classes laborieuses, est la première condition de moralité, ni de la conquête pacifique d’une grande influence au dehors ; cette œuvre nationale se recommande d’elle-même. Ce que le grand commerce peut nous rendre du jour au lendemain, ce sont les qualités d’action, les seules peut-être qui manquent à notre bourgeoisie. On a trop dédaigné ce facteur indispensable de la civilisation. L’action se présente d’abord sous la forme d’un mobile simple, souvent brutal, mais puisé à la source même de nos instincts, facile à comprendre, accessible à tous, et qui met l’homme aux prises avec les réalités. C’est un instrument qui peut, dans des mains barbares, se changer en énergie destructive, mais c’est un instrument nécessaire. Bien dirigé, il enfante la hauteur de cœur, la bravoure, la