Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/243

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d’être le complaisant timide des entreprises ouvertement dirigées contre lui. S’il faut tout dire, M. le ministre de l’instruction publique semble jusqu’ici comprendre médiocrement ce rôle nouveau et agrandi de chef de l’enseignement. Protéger le grand âge des vieux professeurs, éternisés dans leur chaire au détriment des générations nouvelles, et faire des circulaires sur le cumul des fonctions d’instituteur et de secrétaire des communes, c’est fort bien, c’est d’un chef de bureau prévoyant ; mais il faut aujourd’hui un autre esprit et une autre fermeté d’action. Sur tous les points, à l’esprit de secte ou de parti envahissant, il faudrait opposer l’attitude d’un gouvernement résolu montrant au pays qu’il peut compter sur une protection et une direction. Ce n’est pas ce que nous avons encore ; il est vrai que bien d’autres choses nous manquent. On ferait beaucoup mieux de s’occuper sérieusement de ces choses sérieuses, au lieu de se livrer quelquefois à de lourdes et bavardes divagations de journaux. Nous les connaissons, pour notre part, ces diatribes monotones que la Revue a le privilège de recevoir sans émotion, et qu’un écrivain de talent s’est donné récemment la peine de relever avec autant d’esprit que de sympathie. Il y a bien quarante ans qu’on dit les mêmes balivernes dans les mêmes termes, le plus souvent pour les mêmes ; motifs auxquels le public ne s’intéresse guère, et que ces injures sont l’escorte obligée de la bonne renommée de la Revue. Il faudrait avoir du temps à perdre pour s’y arrêter.

L’Europe pourrait-elle aujourd’hui être entraînée dans des complications nouvelles par l’insurrection de l’Herzégovine ? L’Europe, à vrai dire, ne semble pas plus disposée à rester impassible devant ces luttes sanglantes qu’à se laisser remettre sur les bras cette éternelle question d’Orient. Une intervention en Orient est toujours grave sans contredit, parce qu’elle peut s’étendre et parce qu’elle remet aussitôt en doute l’existence de l’empire turc. Elle ne devient cependant un danger pressant que lorsque les puissances européennes suivent des politiques différentes. Ce n’est point le cas aujourd’hui. S’il y a eu au premier moment des ambitions cachées, des velléités ou des craintes, toutes ces dispositions sont venues se confondre dans une certaine action commune qui s’exerce dans la province insurgée elle-même comme à Constantinople. Des consuls européens sont chargés d’une mission conciliatrice dans l’Herzégovine, et la Porte à son tour envoie un commissaire-général en même temps qu’elle semble se mettre en mesure de dominer l’insurrection par les armes. Dans quelle proportion se lient ces deux actions, l’une militaire, l’autre diplomatique ? réussira-t-on à désarmer les insurgés en obtenant d’un autre côté des concessions de réformes administratives du sultan ? On ne peut nier que toutes ces questions ne soient singulièrement délicates. Dans tous les cas, pour le moment, le gage le plus plausible de la paix européenne, c’est l’entente des cabinets, et