Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/244

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la meilleure garantie de la sincérité de cette entente, c’est que personne n’est vraiment intéressé aujourd’hui à voir s’ouvrir une crise qui serait un embarras pour toutes les politiques.

Les guerres civiles de l’Espagne ont cela de commun avec les guerres civiles de l’Orient, qu’elles sont toujours plus près de commencer ou de recommencer que de finir. Lorsqu’il y a plus de six mois la restauration du jeune roi Alphonse XII s’est accomplie avec une facilité qui était tout au moins un signe de la lassitude du pays, de l’épuisement des passions révolutionnaires, on a pu un moment se laisser aller à cette illusion, que la monarchie rétablie à Madrid devait porter le dernier coup à l’insurrection carliste et ramener promptement la paix au-delà des Pyrénées. C’était aller un peu vite et ne point tenir compte des ressources d’une insurrection fortement organisée, de la difficulté des opérations militaires dans les provinces occupées par le prétendant, de tous les embarras d’un jeune règne succédant à la décomposition politique et administrative des dernières années. Les choses marcherait plus lentement au-delà des Pyrénées, mais enfin elles marchent, et depuis quelque temps surtout il est visible que le gouvernement de Madrid prend de plus en plus davantage. L’armée libérale s’avance avec prudence, mais avec sûreté, gagnant pas à pas du terrain, et les carlistes reculent, allant d’échec en échec, perdant leurs positions et leurs places d’armes, rejetés par degrés dans leurs derniers retranchemens. La campagne engagée, il y a quelques semaines, par le ministre de la guerre lui-même, le général Jovellar, a eu pour premier résultat de dégager Valence, le Maestrazgo, les régions de l’Èbre, de reprendre Cantavieja et de refouler dans le Haut-Aragon, jusque vers les frontières françaises, les forces commandées par Dorregaray. Aujourd’hui les carlistes viennent d’essuyer un nouveau coup en Catalogne ; ils ont perdu la Seu d’Urgel après un siège de quelques jours dirigé par le général Martinez Campos. Jusqu’au dernier moment, ils paraissent avoir compté sur des diversions tentées par Dorregaray et Saballs pour dégager les assiégés ; mais les tentatives des deux chefs ont été déjouées par les colonnes alphonsistes, et la place, livrée à elle-même, privée d’eau, accablée de feu, est tombée devant les armes de Martinez Campos. La citadelle a capitulé sans conditions, sauf les honneurs de la guerre qui ont été accordés aux défenseurs. La garnison est prisonnière avec un des chefs les plus énergiques, Lizarraga ; parmi les prisonniers est l’évêque de la Seu d’Urgel, qui est l’aumônier du prétendant et qui joue dans ces malheureuses affaires un rôle assez peu pastoral. C’est évidemment pour les carlistes un coup moral et matériel des plus graves qui marque le déclin de la cause, en même temps que la reprise de la Seu d’Urgel témoigne de la sûreté et de l’efficacité des opérations poursuivies par l’armée alphonsiste. L’insurrection n’est point sans doute par cela même complètement