Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/284

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Andromaque se refuse, on le devine, à se laisser fléchir ; mais que d’adresse, de dignité, de sensibilité dans cette résistance ! que d’efforts pour ne pas révolter un vainqueur et un maître, pour toucher son honneur et sa pitié sans éveiller sa passion et pour éluder le mot qu’on lui demande ! C’est ce mot pourtant que Pyrrhus attend ; comme il ne vient pas, le farouche vainqueur se retrouve bientôt : le maître parle et menace :

Et je ne prétends pas
Mettre toujours ma gloire à sauver des ingrats.
— Hélas ! il mourra donc !


Ainsi l’amour conjugal l’emporte d’abord dans l’âme d’Andromaque. L’amour de Pyrrhus est repoussé, et celui-ci, après un mouvement de générosité éphémère, s’irrite et semble tout prêt à abandonner Andromaque pour Hermione. Première fluctuation.

En même temps, une scène tout à fait semblable pour le mouvement psychologique se passe entre Oreste et Hermione. Comme Pyrrhus s’est cru sur le point de tout obtenir en annonçant à Andromaque qu’il sauverait son fils, ainsi Oreste se croit sûr d’entraîner Hermione en lui apprenant que Pyrrhus a pris le parti d’Andromaque, et, de même que celle-ci essaie de fléchir Pyrrhus sans laisser échapper un mot qui puisse l’engager, de même Hermione essaie de ménager et de séduire Oreste sans lui donner un mot d’espoir : sans doute, n’ayant rien à obtenir de lui, elle n’est pas obligée, comme Andromaque de son côté, à le supplier sans le satisfaire ; mais elle a sa dignité à sauver, elle ne doit pas paraître aimer un infidèle et un ingrat ; elle fait même parade de sa haine. Déjà la colère et l’indignation lui inspirent les menaces les plus terribles. On sent quel feu dévore son âme : cependant tout n’est pas perdu ; l’espoir se mêle encore à l’amour offensé.

Qui vous l’a dit, seigneur, qu’il me méprise !


Enfin cette âme bouleversée redevient un instant maîtresse d’elle-même, et son dernier mot est digne d’une princesse. Elle veut que ce soit Pyrrhus qui manque à sa parole, que ce soit lui qui la renvoie, et non elle qui le quitte.

Adieu : s’il y consent, je suis prête à vous suivre.

Supposons que les choses ne fussent pas allées plus loin, et que dès le premier moment Andromaque se fût résignée à épouser Pyrrhus pour sauver son fils, que Pyrrhus eût consenti à renvoyer Hermione, tout porte à croire que la passion de celle-ci ne se fût