Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/298

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Malgré lui cependant il s’abandonne, et, laissant échapper son secret, il rougit de lui-même et se tourne en honte :

La rougeur me couvre le visage.


Mais, incapable de se renfermer dans le secret, il éclate et s’avoue lui-même dans toute sa force, dans toute sa folie : c’est l’amour proprement dit.

De l’amour j’ai toutes les fureurs…
Je sentis tout mon corps et transir et brûler.
Je reconnus Vénus…


Ce n’est qu’un oubli d’un instant, et, éclairé par l’idée du bien, l’amour bientôt devient le remords :

J’ai conçu pour mon crime une juste terreur ;
J’ai pris la vie en haine et ma flamme en horreur.


La mort supposée de Thésée ouvre à la passion de Phèdre un nouveau champ. Admise en présence d’Hippolyte, elle laisse échapper son secret, et l’amour déchaîné traduit le désir :

Et Phèdre au labyrinthe avec vous descendue
Se serait avec vous retrouvée ou perdue.


Le désir, quoique repoussé, et après un moment de honte, devient de l’espoir :

J’ai déclaré ma honte aux yeux de mon vainqueur,
Et l’espoir malgré moi s’est glissé dans mon cœur.


Cet espoir descend jusqu’à la prière :

Peins-lui Phèdre mourante,
Ne rougis point de prendre une voix suppliante ;
Je t’avouerai de tout…


Une nouvelle péripétie se déclare. Hippolyte est amoureux. Toutes les douleurs précédentes cèdent à cette douleur nouvelle : toutes les angoisses s’emparent de cette âme malade, et l’amour devient jalousie :

Œnono, qui l’eût cru ? j’avais une rivale :
… Ah ! douleur non encore éprouvée !
Ils s’aiment !


La jalousie fait passer l’âme en un instant de l’amour à la haine :

Il faut perdre Aricie !