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fend, dit Barucli avec douceur. — Au moment même, le vieillard prononçait tout liaul les treize articles de foi.

— Je ne pleurerai pas, murmura Chaike dans une angoisse touchante, je ne pleurerai pas, mais il faut qu’il me bénisse moi et mon enfant. — Elle ne pleura pas en effet, seulement deux grandes larmes pendaient à ses cils, immobiles et comme engourdies. — Lorsqu’elle eut baisé pour la dernière fuis la main de son père, elle alla chercher loin, bien loin de la maison un coin pour y pleurer.

Le moribond dit la vido, puis les dix hommes commencèrent leurs psaumes ; il se joignait à eux ; peu à peu ce ne fut plus qu’un sourd murmure qui expirait avec son haleine. Alors commença la belle prière pour les agonisans. « Tu es juste, ô Dieu, quand tu nous tues comme quand tu nous donnes la vie. Le sort de toutes les âmes est entre tes mains. N’efface pas notre souvenir, mais dis à l’ange de la mort : Assez ! arrête-toi ! — Tu es grand dans le conseil, puissant dans l’exécution, tu vois la marche et le chemin des hommes, tu donnes à chacun selon sa conduite et son mérite. Que ta miséricorde tombe sur nous, car chez toi. Seigneur, est le pardon et la miséricorde. Que l’homme ait vécu une année ou mille ans, qu’importe ? Le temps écoulé, il semble n’avoir jamais été là. Loué soit celui qui juge avec justice, qui tue et qui fait vivre. »

Baruch s’approcha de son beau-père, tenant un miroir qui ne fut pas terni : — Il est mort ! — Il est mort ! répéta l’assistance, et la prière des défunts s’éleva de nouveau. « Dieu donne et Dieu reprend, que le nom de Dieu soit loué ! Qu’est-ce que l’homme ? Tous ses efforts sont vains, il passe comme une ombre. Au matin, il est semblable à une fleur ; le soir, il se flétrit. Celui qui meurt n’emporte rien avec lui, rien de ce qu’il a gagné ne le suit au tombeau ; seule l’innocence lui prépare une dernière heure tranquille et ensuite l’éternel repos. Dieu sauve son âme, car nul ne se perd qui a confiance en Dieu. »

Le père Konaw est mort ! Ce bruit courut de bouche en bouche par toute la rue, et les cris retentirent ; en même temps chacun se hâtait de répandre de l’eau, car le Talmud dit que l’ange de la mort lave son épée sanglante dans l’eau la plus proche. On laissa le cadavre un quart d’heure sur son lit, puis on l’étendit sur le plancher, les poings fermés, on le couvrit d’un drap, on alluma une lampe au-dessus de sa tête, et le miroir suspendu au mur fut enlevé, car c’est un mauvais présage si dans une chambre on voit deux morts au lieu d’un. Alors Baruch ouvrit la fenêtre ; un parfum printanier monta du dehors, et l’âme s’envola vers sa patrie. La famille obtint l’autorisation, — quelle autorisation le riche Rosenstock n’aurait-il pas obtenue ? — d’accomplir les funérailles avant le le-