Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/382

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dément Hasara-Raba lui avait envoyé trois réponses favorables ; elle dit donc à ses enfans : — Je ferai des affaires avec Salomon Atlas.

En effet, le premier jour qui suivit la fête des Tabernacles, le petit homme à la lévite couleur de rose entra, clignant son œil rusé et faisant claquer sa langue : — Partons-nous ?

— Je te suis, répondit Chaike. — Et tous deux prirent le chemin de Kolomea.

Le prêteur, qui se nommait Feiglstock, ouvrit d’abord de grands yeux et fourra ses mains grasses dans sa ceinture noire : — Je ne prête que contre de bonnes garanties, dit-il après s’être fait longtemps prier.

— Aussi quelqu’un répondra-t-il pour moi, répliqua Chaike.

— Est-ce un honnête homme ?

— Assurément.

Elle alla chercher son complice qui était resté dehors et qui entra, ses doigts maigres dans sa ceinture, lui aussi, comme un homme bourré d’argent, et son bonnet sur la tête pour mieux jouer le personnage.

— Il faut que ce gaillard soit bien riche, pensa Feiglstock, pour avoir autant d’insolence.

Chaike ne respirait qu’avec effort.

— Veux-tu être garant de cette femme ? Le Juif interpellé fit un signe de tête.

— Quel est ton nom ?

— Salomon Atlas, répondit le petit homme tout naturellement, mais non sans se redresser de manière à grandir de deux pouces pour le moment décisif.

Feiglstock se découvrit avec respect : — L’honneur est grand pour moi d’entrer en rapports avec Salomon Atlas, dit-il, offrant une chaise au prétendu propriétaire, qui s’assit sans façon, le bonnet toujours sur la tête. — Comment vous portez-vous, monsieur Atlas ? Vous paraissez fatigué.

— Un peu, la multitude des affaires, — vous comprenez, c’est un tel casse-tête,… — mais finissons-en, je suis pressé.

— Un homme tel que vous est toujours pressé. Combien vous faut-il ?

— Donnez à cette femme quatre-vingt-dix florins pour un mois ; elle reconnaîtra en avoir reçu cent : je fais toujours ainsi.

— Nous ferons selon votre habitude, reprit le marchand d’argent, comptant la somme, tandis que Chaike écrivait la lettre de change, qui fut endossée par l’homme à la lévite rose. — Je serai bien aise de vous servir de nouveau, monsieur Atlas.