Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/406

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Pas admis malgré les gages qu’il leur avait déjà donnés. L’état-major de la garde nationale et le plus grand nombre des hommes qui la composaient en étaient aussi. Le parti aristocratique, qui soutenait les administrateurs du département, quoique moins nombreux, avait encore pour lui, en outre des anciens privilégiés et de la majorité du clergé, les compagnies d’élite de la garde nationale. Battu dans les élections à cause de son infériorité numérique, il se défendait avec vigueur non-seulement au moyen d’un journal, mais aussi d’une façon moins noble par la distribution clandestine de grossiers pamphlets anonymes pleins d’allusions personnelles, de médisances et sans doute aussi de calomnies. Entre le directoire et la municipalité, la mésintelligence avait commencé sur une question de préséance ; c’était de peu de conséquence. Un plus sérieux sujet de discorde se présenta bientôt. La ville avait une garnison de Suisses et de hussards dont la population se plaignait parce que, faute de casernes, ces soldats étaient logés chez les habitans ; à l’entendre, la garde nationale suffirait à maintenir l’ordre. Les officiers municipaux demandèrent donc le départ des troupes tandis que le directoire s’y opposait. Des deux côtés, on signait des pétitions, on se dénonçait, on envoyait des réclamations à l’assemblée nationale. Le plus grave fut que la municipalité et la garde nationale faisaient imprimer et afficher les délibérations qu’elles prenaient à ce propos. Quand le directoire du département ou celui du district voulaient répliquer, la commune refusait de publier leurs proclamations ou leurs décisions. Enfin intervint un décret de l’assemblée qui blâmait la municipalité pour cause d’insubordination envers les corps administratifs supérieurs. Ce n’était que justice ; mais la lutte, un instant apaisée sur ce terrain, allait reprendre bientôt d’un autre côté.

Ce qu’il est intéressant de chercher dans le livre de M. Babeau, c’est moins le récit d’événemens locaux, assez futiles en eux-mêmes, que la peinture du mouvement révolutionnaire dans une grande ville de province. Quel effet les réformes décrétées à Versailles produisaient-elles à quarante lieues de là, quelles protestations ou quels encouragemens l’assemblée constituante recevait-elle en réponse, voilà ce qu’il nous plaît de savoir et ce que seuls peuvent nous apprendre les travaux d’érudition locale. A ce titre, il est curieux de voir comment fut accueillie la loi sur la constitution civile du clergé. La question en vaut d’autant plus la peine que jamais loi ne fut préparée avec de meilleures intentions et n’aboutit à un pire résultat. Ce fut l’œuvre, on le sait, des jansénistes de l’assemblée qui, s’inspirant de la manie d’organisation de l’époque, voulurent organiser la religion, ce que le parti des philosophes, assez incrédule par nature, se serait volontiers dispensé de faire. D’abord