Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/414

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de la convention. Les sectionnaires réclamaient la révocation du maire Gachez comme complice des actes arbitraires de Rousselin ; ils osaient demander compte de la taxe levée sur les riches. Se sentant soutenus par la conscience publique, ils voulaient élargir des prisonniers, remettre en place les administrateurs que leur adversaire avait évincés. Ils avaient au surplus envoyé à la convention des commissaires qui se rencontrèrent à Paris avec ceux que Rousselin expédiait de son côté pour rendre compte de la situation au comité de salut public. Barère, qui fut chargé du rapport sur cette affaire, fit voter l’envoi d’un représentant à Troyes pour « réduire à la soumission l’aristocratie marchande qui avait levé la tête. » Le député Bô, investi de cette mission, partait avec l’intention de donner tort aux sectionnaires. Ceux-ci eurent cependant le courage de maintenir leurs précédentes délibérations. Bô décida la suppression des assemblées de section, il fit arrêter les membres les plus résolus et donna l’ordre de les conduire dans l’ancienne école militaire de Brienne afin de les éloigner d’une ville où leur influence était dangereuse pour ses partisans ; enfin il dispersa la société populaire qui, après avoir été au début l’auxiliaire de la révolution, refusait alors d’en partager les excès. Cela fait, Bô, Rousselin et Gachez, leur protégé, quittèrent la ville, laissant le pouvoir aux mains des gens qu’ils avaient choisis, mais convaincus sans doute qu’il était impossible de plier cette population au régime qu’ils comptaient établir.

Avant de partir, Bô avait livré quatre suspects au tribunal révolutionnaire de Paris. C’étaient un médecin et trois anciens magistrats que l’ardeur de leurs opinions royalistes avait mis en relief quelques années auparavant. On leur reprochait, comme à tant d’autres, d’avoir signé une adresse en faveur de Louis XVI ou d’avoir correspondu avec des émigrés. Courtois, représentant de l’Aube, qui avait voté la mort du roi et qui était l’ennemi personnel de l’un des accusés, fit toutes les démarches possibles pour leur sauver la vie. Déjà, lorsqu’on avait voulu retrouver l’adresse incriminée afin d’en poursuivre tous les signataires, Courtois, dont les démagogues ne se défiaient pas, avait adroitement soustrait cette pièce dans les cartons de l’assemblée, puis il avait répandu le bruit qu’elle était perdue. Cette fois encore il s’interposa généreusement en faveur de ses compatriotes. Ce fut inutile ; tous quatre, condamnés à mort, furent exécutés.

Ce que l’on peut appeler la terreur à Troyes continua plusieurs mois après le départ de Rousselin. Le nombre des suspects incarcérés s’accroissait sans cesse : c’étaient la plupart des prêtres, des parens ou amis d’émigrés. Le régime intérieur de la prison était