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mémoire de M. Niaudet-Breguet l’ébauche d’une solution fort ingénieuse du problème. Deux machines magnéto-électriques étant placées dans le même circuit, la première peut être employée à faire tourner la seconde. C’est une expérience qui réalise la transmission de la force à distance : les deux appareils1 peuvent se comparer à deux poulies, et le fil qui les réunit à une courroie. Dès lors il suffit d’établir une machine de ce genre près, d’une source de force mécanique, telle qu’une chute d’eau, et de transmettre le courant obtenu par un câble métallique à une seconde machine pour transformer celle-ci en moteur.

M. Gramme a fait l’expérience suivante. Une machine magnéto-électrique, commandée par un moteur à vapeur de la force d’un cheval, fournissait un courant qui, envoyé dans une seconde machine semblable, produisait un travail de 39 kilogrammètres mesurés au frein de Prony, c’est-à-dire un peu plus de la moitié de la force primitive. Après une double transformation du travail en électricité et de l’électricité en travail, un pareil rendement est tout à fait digne d’attention. Ne voit-on pas là un moyen d’utiliser au loin les chutes d’eau des montagnes, la force de la marée disponible sur les côtes, et tant d’autres sources naturelles de force mécanique qui sont perdues pour l’industrie, faute de pouvoir être transportées dans les villes que l’industrie ne peut pas quitter ? C’est le moyen de faire venir la montagne à Mahomet !

Prenons pour exemple les barrages de la Seine, qui permettent aux ingénieurs de régler le cours du fleuve sur toute la partie navigable. A chacun de ces barrages se rencontre une différence de niveau qui permettrait d’établir une chute régulière et une turbine pour l’utiliser. Pourquoi ces forces perdues ne seraient-elles pas amenées dans les villes voisines ? Le barrage de Port-à-l’Anglais par exemple, qui n’est qu’à un ou deux kilomètres des fortifications, a un débit qui représente quelque chose comme 3,000 chevaux-vapeur qu’on laisse perdre. Si cette force énorme, recueillie par des turbines, était employée à faire tourner des machines dynamo-électriques dont les courans fussent transmis à d’autres machines semblables, installées dans les ateliers de Paris, on aurait des moteurs à peu de frais ; en admettant un rendement d’un tiers, la force utilisée équivaudrait encore à 1,000 chevaux. La perte éprouvée en route dépasserait peut-être les deux tiers, et le rendement serait moins favorable ; mais l’expérience ne mériterait-elle pas d’être tentée ?


Le directeur-gérant, C. BULOZ.