Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/567

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


se présenta d’elle-même aux anciens peuples dès les premiers jours de leur organisation. Les voyageurs qui visitent les Andes du Pérou rencontrent au haut des vallées des restes de constructions remontant à l’époque des incas et destinées à emmagasiner l’eau des glaciers, prévenant ainsi les inondations soudaines et remplaçant par des canaux habilement dirigés l’eau des pluies, rares, comme on sait, sur les côtes du Pacifique. Il y a plus de cinquante siècles, un pharaon dont Hérodote nous a transmis le nom fit creuser dans la vallée du Nil un lac destiné à régulariser les inondations périodiques du fleuve. La description qu’en fait l’historien grec donne une idée de la grandeur du travail, qu’il place au-dessus du Labyrinthe, après avoir déclaré que le Labyrinthe est la plus grande merveille du monde, et qu’il l’emporte autant sur les pyramides que celles-ci l’emportent sur les temples d’Éphèse et de Samos. « Il a de tour 3,600 stades (de 600 à 700 kilomètres), c’est-à dire autant de circuit que la côte maritime d’Égypte a d’étendue. Ce lac, dont la longueur va du nord au midi, a 50 brasses de profondeur à l’endroit où il est le plus profond. On l’a creusé de main d’homme… Les eaux du lac Mœris ne viennent pas de source ; il les tire du Nil par un canal de communication. Pendant six mois, elles coulent du Nil dans le lac, et pendant les six autres mois du lac dans le fleuve. »

Telle était la solidité de la construction que ce lac existe encore aujourd’hui. Ce que les incas et les pharaons ont pu exécuter avec des esclaves, ne pourrions-nous pas le faire avec les ressources que la science met à la disposition d’une nation puissante ? Des études faites par divers ingénieurs ont démontré que la région pyrénéenne où la Garonne et ses affluens prennent leur source se prêterait facilement à un travail de ce genre. Certaines hautes vallées offrent des dépressions considérables sur le cours des gaves qui les traversent. Il suffirait d’établir un barrage pour les transformer en réservoirs naturels. Dans d’autres localités, on creuserait des lacs artificiels aboutissant par une tranchée aux cours d’eau dont ils seraient les déversoirs. On établirait ainsi le long du fleuve et des principales rivières qui l’alimentent une suite de canaux perpendiculaires à la direction du courant. Qu’une crue se produise, et l’eau, entrant dans les percées latérales qu’elle rencontre sur son passage, se déverse dans les réservoirs, perdant ainsi chaque fois l’excès de masse et de vitesse qu’elle reçoit de la pluie ou de la fonte des neiges. Dans les temps de sécheresse, c’est l’inverse qui a lieu : l’eau emmagasinée au printemps revient du réservoir à la rivière. On peut peupler ces étangs artificiels et retirer de la pêche un revenu assuré. Les terrains qui les entourent, recevant dans les