Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/626

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combinaisons de sociétés financières et des entreprises de construction. A côté de la Bourse, qui ne suffisait pas aux joueurs, les boutiques de changeurs s’ouvraient à chaque pas ; nous avons déjà raconté les incidens et les résultats de cette maladie de l’agiotage à Vienne, nous pourrions retracer les effets, du même mal à Berlin. Né plus tard qu’à Vienne, il y sévit encore, et c’est principalement sur des entreprises américaines que le jeu s’est exercé au grand détriment de la prospérité publique. En Prusse comme en Autriche en effet, la bourse n’a pas de même qu’en France pour fondement solide l’emploi de l’épargne et la recherche par les petits capitaux de valeurs indigènes, publiques ou particulières, offrant toutes les garanties de sécurité et de rémunération désirables. On s’est beaucoup étonné, après le drainage de notre rançon par l’Allemagne, d’y voir sévir une crise industrielle intense, et la spéculation y produire de bien autres ravages que chez nous dans les jours même les plus néfastes. En réalité, le problème est simple : toute production industrielle qui n’est pas suscitée par un accroissement de consommation locale ou d’exportation régulière risque de passer par des phases de pléthore ruineuses ; c’est ce qui est arrivé en Prusse et en Autriche, où quelques producteurs industriels ne sont inférieurs à aucun des nôtres, mais où la masse des consommateurs est bien plus réduite que chez nous-mêmes, — et quand d’un autre côté la supériorité de nos produits de luxe, l’imitation du goût français, l’attrait vers Paris, ont fait affluer chez nous toutes les ressources de l’Allemagne, on a dû voir les pertes d’une production exagérée se doubler par les prodigalités d’un luxe nouveau. On ne peut se lasser de répéter au contraire qu’en France la consommation marche sans cesse d’un pas plus rapide que la production ; celle-ci réalise des miracles d’activité, d’habileté, distribue au travail des salaires de plus en plus élevés, et on arrive ainsi à ce double résultat de voir l’épargne grossir le capital du pays, et la participation aux bienfaits que la terre doit à ses habitans s’étendre au plus grand nombre. Mais revenons à la Bourse de Vienne.

Après les désastres dont le marché des valeurs mobilières avait été le théâtre, le gouvernement cisleithan sentit qu’une réforme était nécessaire, et il fit adopter par le Reichsrath deux lois concernant, la première l’organisation des bourses, la seconde les courtiers de commerce et agêns de change (sensal). L’établissement des bourses dut être autorisé ; elles dépendent d’une direction qui leur est propre, sous la surveillance de l’état, laquelle est confiée à un commissaire qui préside à toutes les délibérations de la direction et exerce des pouvoirs bien autres que celui des commissaires établis près de notre Bourse, préposés spécialement à la police. Les courtiers (winkel-börsen) sont prohibés sous peine