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jours difficiles), présente un total de 150 millions de francs, sur lesquels, soit par l’effet de la loi, soit par les usages professionnels, la responsabilité des opérations effectuées doit s’exercer en cas de perte.


III

Si la supériorité du parquet de Paris sur les combinaisons auxquelles nous l’avons comparé paraît justifier l’extension de plus en plus grande de notre principal marché de valeurs mobilières, nous ne voudrions pas cependant passer pour professer à cet endroit un optimisme exagéré. Est-il bon par exemple qu’il y ait sur une question aussi importante que celle des marchés à terme un antagonisme entre la loi civile et les mœurs financières du pays ? C’est un grave problème dont la solution ne pourra sans doute pas être différée, car chaque jour de nouveaux faits se produisent qui en attestent l’importance. Tout récemment à propos des reports, ces opérations qui consistent à emprunter sur titres, sont de véritables nantissemens et cependant au contraire de ceux-ci dépouillent momentanément l’emprunteur des principales prérogatives du droit de propriété, on a vu s’élever devant la justice des contestations dont la portée n’allait à rien moins qu’à rendre à peu près impossible la convocation des assemblées générales d’actionnaires. Notre législation financière pourrait donc être révisée pour l’organisation des bourses comme on se propose de la réviser pour la constitution des sociétés, ainsi que le prouve la récente nomination d’une commission ad hoc par le ministre de la justice. D’autre part, la constitution des compagnies d’agens de change laisserait peut-être à désirer sous plus d’un rapport. Ainsi l’augmentation si considérable du prix des charges à Paris, comparé avec ce qu’il était il y a vingt ans, peut bien être un gage de sécurité pour le public, mais les titulaires ont dû, si l’on nous passe cette expression, diminuer de qualité, et en ces matières la qualité est chose essentielle. Ce n’est pas à dire que nos modernes agens se soient amoindris sous le rapport de l’aptitude et de l’honorabilité ; mais avec des réunions de capitaux aussi considérables qui exigent un plus grand nombre d’associés, le titulaire n’en peut d’ordinaire posséder en entrant en charge qu’une trop faible partie pour jouir d’une autorité suffisante auprès de ses associés et surtout auprès de ses cliens. La génération précédente a vu quelques-uns de ce qu’on appelait alors les grands agens, comme les Archdeacon et les Rodrigues, traiter d’égal à égal avec les puissances financières. Si à l’heure présente on trouve encore à la tête de la compagnie MM. Moreau,