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les admirables recherches de W. Struve sur les étoiles doubles, entreprises à Dorpat et à Poulkova, et elle occupe toujours quelques astronomes pourvus d’instrumens de choix.

Le nombre des couples d’étoiles dont la distance n’excède pas la limite de 32 secondes, adoptée pour les étoiles doubles, est très considérable : il y a quarante ans, W. Struve en avait examiné plus de 3,000, et aujourd’hui le nombre des couples connus atteint 6,000. Il est évident que ces rapprochemens si fréquens ne sauraient être dus aux hasards de la perspective : le calcul des probabilités montre que le nombre des couples purement optiques, c’est-à-dire accidentels, doit augmenter avec la distance des composantes, tandis qu’en réalité la fréquence des couples observés diminue au-delà d’une distance de 8 ou 9 secondes. D’après Struve, les deux tiers des étoiles doubles dont il a mesuré l’écartement forment probablement des couples physiques ; mais nous n’avons la certitude que deux étoiles sont enchaînées l’une à l’autre par les liens de la gravitation que s’il a été constaté qu’elles possèdent toutes deux le même mouvement propre, c’est-à-dire qu’elles naviguent de conserve dans les espaces célestes. Cette vérification a été faite aujourd’hui pour plus de 600 étoiles doubles, et pour un grand nombre on a pu même déterminer les élémens de l’orbite qu’elles décrivent autour de leur centre de gravité commun. Les temps de révolution qu’on a trouvés varient entre quinze ans et plusieurs siècles ; mais les périodes très longues ne sauraient être évaluées avec certitude parce que les changemens de position qui servent de base au calcul sont alors d’imperceptibles fractions de seconde.

Dans les cas où la parallaxe de l’étoile principale a été déterminée, on peut même arriver à la connaissance des dimensions absolues de ces orbites et calculer les masses qui gravitent en face l’une de l’autre. C’est ainsi que l’on a pu s’assurer que les masses de quelques étoiles très rapprochées de nous, — Alpha du Centaure, la 61e du Cygne, la Polaire, — sont inférieures à celle du soleil. Pour Alpha du Centaure, on a trouvé un chiffre qui dépasse à peine 1/3, la masse du soleil étant prise pour unité. Au contraire la masse de Sirius surpasse de beaucoup celle du soleil.

Le calcul des orbites d’étoiles est si bien entré dans les habitudes des astronomes qu’on a fini par l’appliquer de confiance à des systèmes supposés dont on ne voyait d’abord que l’astre dominant, et, chose merveilleuse, le calcul s’est trouvé juste après coup. La découverte de Neptune n’est donc plus le seul exemple d’un astre dont l’existence a été révélée par les perturbations qu’il causait autour de lui, avant qu’il fût apparu aux astronomes dans le champ de leurs lunettes. Les mondes stellaires ont fourni l’occasion de dé-