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couvertes analogues qui sont une preuve nouvelle de la généralité des lois de la gravitation. La première de ces découvertes se rapporte à Sirius, et c’est à Bessel que revient l’honneur de l’avoir préparée.

En discutant les positions successives de Sirius, comparées pendant cent ans aux étoiles des constellations du Taureau, d’Orion et des Gémeaux, Bessel avait constaté dans cette étoile un mouvement d’oscillation particulier et très prononcé qui ne s’expliquait qu’en admettant que Sirius était soumis à l’influence d’un corps invisible de masse considérable. « Cette supposition, disait M. Le Verrier en 1854, rend un compte si parfait de toutes les circonstances du phénomène, que nous ne saurions douter qu’elle soit l’expression de la vérité. Si nous n’avons pas aperçu jusqu’ici ce compagnon de Sirius, c’est qu’il constitue, non pas un second soleil brillant d’une lumière propre, comme dans les systèmes d’étoiles doubles, mais bien une grosse planète du soleil Sirius, planète dont l’éclat emprunté n’a pu parvenir jusqu’à nous. Peut-être, en perfectionnant nos moyens optiques, la verrons-nous un jour ; mais, lors même que nous n’y parviendrions pas, nous déterminerons avec le temps l’orbite qu’elle parcourt, nous fixerons sa masse et celle de l’étoile autour de laquelle elle se meut. »

Pendant longtemps, le satellite hypothétique de Sirius resta noyé dans les rayons de son étincelant chef de file. Bessel était assez enclin à admettre que ce dernier se trouvait enchaîné à un corps obscur qui sans doute resterait éternellement invisible pour nous. Pourquoi en effet n’y aurait-il pas dans les espaces célestes des masses obscures, scories éteintes, mondes finis ? On avait d’ailleurs dans l’étoile Procyon le pendant du cas de Sirius, car le mouvement propre de cette étoile offrait des inégalités périodiques de tout point analogues.

L’hypothèse de Bessel rencontra, il faut l’avouer, beaucoup d’incrédules, et il mourut en 1846 avant la fin du débat. Pourtant la question mûrissait lentement. En 1851, M. Peters publia son mémoire sur le Mouvement propre de Sirius, où il démontre que cette étoile décrit une ellipse très allongée autour du centre de gravité d’un système qu’elle forme avec un astre invisible, et que le temps d’une révolution complète est de cinquante ans. Cette orbite, à la distance où se trouve ce système, a pour nous des dimensions microscopiques, les plus grands écarts apparens de Sirius ne dépassent pas 5 secondes d’arc. M. Auwers et M. Safford vinrent plus tard confirmer les calculs de M. Peters. On savait dans quelle direction il fallait chercher le satellite soupçonné ; mais les astronomes en possession des meilleures lunettes avaient sans succès exploré les environs de Sirius, lorsqu’enfin, le 31 janvier 1862, un