Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/650

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opticien de Cambridge en Amérique, M. Alvan Clark, ayant dirigé sur cette étoile le puissant réfracteur de 18 pouces qu’il venait de construire, aperçut à gauche de Sirius un imperceptible point lumineux. Une fois signalé, le satellite ne tarda pas à être observé à l’aide d’instrumens d’un pouvoir optique moins considérable, à Paris, à Rome, à Poulkova, à Cambridge, en Angleterre.

M. Auwers soumit alors à une discussion nouvelle et très approfondie les positions observées de Procyon, et parvint à les représenter par une orbite circulaire avec un temps de révolution de 40 ans. Ses calculs furent confirmés par d’autres astronomes, et les observateurs, encouragés par le succès des recherches qui avaient eu pour objet le satellite de Sirius, ne se faisaient pas faute de scruter les environs de Procyon. Ce n’est pourtant que le 19 mars 1873 que M. Otto Struve a découvert cet astre à l’aide du grand réfracteur de Poulkova, à une dislance de 11 ou 12 secondes de l’étoile principale ; il l’a estimé inférieur en grandeur de deux unités au compagnon de Sirius. Depuis ce moment, les observations du satellite de Procyon sont continuées régulièrement, et l’on s’est assuré qu’il se déplace d’une manière continue.

Ces deux nouvelles conquêtes de l’astronomie de l’invisible ne seront sans doute pas les dernières. Comme on le pense bien, les astronomes ont examiné les mouvemens propres d’une foule d’autres étoiles simples dans l’espoir d’y constater des oscillations analogues à celles qui ont amené la découverte des satellites de Sirius et de Procyon. Les mouvemens de Rigel (Bêta d’Orion), de Alpha de l’Hydre, de l’Épi de la Vierge, ont été signalés comme suspects ; mais, vérification faite, on les a trouvés réguliers. Les prétendues inégalités n’étaient dues qu’à des observations inexactes.

En présence de la difficulté qui naît de la petitesse des variations par lesquelles se révèlent les mouvemens des étoiles, y compris notre soleil, on a dû se demander si le problème n’était pas abordable par quelque autre côté. L’aberration de la lumière, qui a pour cause la vitesse de la terre dans son orbite, ne doit-elle pas être modifiée par le voyage dans l’infini que celle-ci fait à la remorque du soleil ? La réfraction, la diffraction[1] et les autres phénomènes optiques, que l’on observe à l’aide d’instrumens d’une précision pour ainsi dire illimitée, ne trahiraient-ils point par un signe quelconque le mouvement qui emporte l’observateur dans l’espace, ou celui de la source lumineuse elle-même ? Ces questions divisent encore les physiciens, et jusqu’à ce jour l’expérience ni la théorie n’ont pu les trancher d’une manière définitive.

  1. On appelle ainsi l’ensemble des modifications que la lumière éprouve lorsqu’elle traverse une fente étroite, un réseau de traits gravés sur verre, etc.