Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/654

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


grosses raies sombres dont plusieurs dénotent la présence de l’hydrogène à une haute température. Le second type, qui renferme les étoiles jaunes, telles que la Chèvre et Arcturus, se rapproche plus particulièrement de notre soleil par des spectres à raies fines et nombreuses. Beaucoup plus rare est le troisième type, — étoiles rougeâtres dont les spectres présentent de larges zones brillantes séparées par des zones obscures qui semblent indiquer la présence d’atmosphères gazeuses à une basse température. Le quatrième type n’est qu’une modification du troisième. Un très petit nombre d’étoiles, comme Gamma de Cassiopée, ont les raies brillantes des gaz incandescens. Deux des astres étudiés par M. Huggins, — Alpha d’Orion et Bêta de Pégase, tous deux appartenant au troisième type, — offrent une particularité très curieuse : on constate dans les spectres l’absence des deux lignes caractéristiques de l’hydrogène, qui correspondent aux raies G et F de Fraunhofer. Voilà donc des mondes sans eau ! M. Huggins conjecture que les planètes de ces soleils infernaux sont probablement aussi privées de cet élément, et il ajoute : « Il faudrait la puissante imagination du Dante pour peupler de semblables planètes de créatures vivantes. » Mais la lune n’est-elle pas également une scorie brûlée, sans trace d’air ni d’eau ?

A part ces exceptions assez rares, ceux des élémens terrestres qui sont le plus largement répandus dans les étoiles sont précisément ceux qui sont essentiels à la vie telle qu’elle existe sur notre planète : l’hydrogène, le sodium, le magnésium, le fer, etc., et tout porte à supposer que les atmosphères de ces corps sont remplies de vapeurs aqueuses. Les étoiles ressemblent donc à notre soleil par le plan général de leur constitution ; mais à côté de cette unité de plan on constate des différences individuelles assez marquées, qui se révèlent déjà par la coloration particulière de beaucoup d’étoiles. Le spectroscope nous apprend que cette coloration est due aux enveloppes gazeuses qui entourent les corps célestes. Les vapeurs suspendues dans leurs atmosphères ayant pour effet d’éteindre une partie des rayons qui composent la lumière blanche émise par les noyaux incandescens, les teintes qui n’ont point été affaiblies prédominent dans la lumière qui arrive jusqu’à nous, et qui dès lors nous paraît rouge, jaune, bleue, comme la lumière tamisée par un verre de couleur. Les étoiles rouges ont des atmosphères qui absorbent les rayons verts et bleus ; les étoiles bleues sont celles qui ont été dépouillées de leurs rayons rouges et jaunes, et ainsi de suite. Le type des étoiles blanches est Sirius, qui pourtant était rouge au dire des anciens ; peut-être depuis deux mille ans s’est-il opéré un changement dans la composition de l’atmosphère de cet astre. M. Huggins voit dans la disposition du spectre des étoiles incolores l’indice d’une température excessive ; si cette hypothèse