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leuses de forme irrégulière, qui se présentent comme des lueurs phosphorescentes sans contour défini, sont des masses de matière diffuse en voie de se condenser, tandis que les nébuleuses globulaires à noyau brillant représentent la transition de cet état chaotique à celui de véritables corps célestes. On objectait à cette théorie que des masses fluides homogènes, abandonnées à elles-mêmes, c’est-à-dire à l’attraction mutuelle de leurs particules, ne tarderaient pas à prendre une figure d’équilibre à peu près sphérique, comme les liquides qui se disposent en gouttes arrondies. Les astronomes, munis de lunettes de plus en plus puissantes, arrivaient d’ailleurs à résoudre en amas stellaires des nébuleuses dont les premiers observateurs avaient dit « qu’elles ne faisaient naître aucune sensation d’étoiles, » des nébuleuses où Herschel lui-même n’avait jamais remarqué ces éclairs fugitifs qui annoncent des points lumineux, et qui à la nuit tombante nous avertissent que les premières étoiles vont émerger du crépuscule. C’est ainsi que M. Bond parvint à décomposer la nébuleuse d’Andromède, découverte en 1612 par Simon Marius, qui la compare à la flamme d’une chandelle vue à travers une feuille de corne transparente ; cette nébuleuse, en forme de fuseau, est décidément un amas stellaire où M. Bond a déjà compté plus de 1,500 étoiles.

Il y avait pourtant toujours bon nombre de ces étranges objets qui résistaient aux plus forts grossissemens des meilleures lunettes, et ne cessaient d’offrir l’aspect mystérieux de taches faiblement lumineuses. En outre, à mesure que l’accroissement de l’ouverture des objectifs permettait de résoudre en étoiles des nébulosités jusque-là réfractaires, des nuées plus fines entraient dans le champ de la vision, et l’on vit apparaître ces formes fantastiques, ces lueurs vagues aux contours incertains, que l’esprit se refuse à concevoir comme le reflet lointain d’une armée de soleils. Les partisans de la théorie qui voient dans ces brumes phosphorescentes les limbes antédiluviens de mondes en formation ne se déclaraient donc pas battus. L’analyse spectrale devait trancher le débat en nous dévoilant la nature intime des nébulosités non résolubles.

Malgré la faiblesse de la lumière émise par ces taches laiteuses, qui ne permet de les observer avec fruit que par les nuits très claires et sans lune, M. Huggins a réussi à obtenir des spectres d’une certaine netteté. Pour son premier essai, il avait choisi une nébuleuse très petite, mais relativement brillante, de la constellation du Dragon. « Ma surprise fut grande, dit-il, lorsqu’en regardant par la petite lunette de l’appareil je reconnus que le spectre n’offrait plus cette apparence de ruban coloré qu’eût fait naître une étoile, et qu’au lieu d’une bande lumineuse continue il n’y avait que trois raies brillantes isolées. » Cette observation décidait du